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Une nouvelle jeunesse pour les Ressources humaines

Le secteur des RH est en plein bouleversement ! Les nouvelles techniques mais aussi les nouveaux entrants sur le marché du travail renversent les cadres de la profession. Le secteur RH va devoir intégrer la digitalisation comme source d’opportunités pour assurer son développement voire sa pérennité, de même que son modèle de recrutement va devoir être rapidement adapté aux attentes de la chaotique génération Z.

Prendre le tournant de la digitalisation

Pour les professionnels des RH, la digitalisation de leur profession est fortement susceptible d’avoir pour effet d’améliorer leur rôle au sein de l’entreprise. Pourtant celle-ci est encore loin d’être généralisée et les acteurs se montrent relativement réticents à l’engager. Telles sont les conclusions tirées par l’étude d’Unow « RH et transformation digitale » relayée par le Journal du net.

Deux freins principaux viennent entraver la digitalisation du secteur. Tout d’abord, les acteurs du secteur font preuve d’une certaine angoisse quant à la transformation de leur profession : 75% des interrogés reconnaissent méconnaitre encore largement toutes les propriétés du digital. Pour le directeur d’Unow, le second obstacle est organisationnel : « Les entreprises actuelles fonctionnent la plupart avec une hiérarchie pyramidale et une organisation en silo », or les entreprises innovantes d’aujourd’hui fonctionnent de manière éclatée et transversale.

Notons toutefois que les professionnels des RH sont très optimistes quant aux effets de la digitalisation à venir, perçue comme « une véritable opportunité, tant pour leur organisation que pour leur métier ». Les DRH sont bien conscients des enjeux qu’induisent le Big Data, les données comportementales ou encore les données issues des réseaux sociaux. De même, les nouveaux outils qui sont entrés en force dans l’organisation et le fonctionnement quotidien des entreprises doivent impérativement être saisis par les RH. On peut penser ici aux réseaux sociaux d’entreprise, aux vidéoconférences ou encore à la connexion à distance aux terminaux de recrutement. Aussi, l’automatisation des fonctions RH est un enjeu clé de l’évolution du secteur : il s’agit là d’informatiser les processus RH les plus administratifs pour permettre aux professionnels de déployer leur énergie et leurs ressources ailleurs.

 

Les moins de 20 ans vont bientôt semer le chaos dans les entreprises

Les premiers agents de la fameuse « génération Z », nés en 1995, arrivent sur le marché du travail, et ils représentent un enjeu de recrutement majeur pour les entreprises – qui vont devoir se montrer conciliantes. En France, ils sont quelques 16 millions et pour Eric Delcroix, conseiller en entreprise, ils vont dynamiter la hiérarchie pyramidale ! En effet, ils détestent les ordres : « ce sont des freelances nés ». Ce qui fonctionne avec eux, c’est le challenge permanent : il faut sans cesse les lancer sur de nouveaux objectifs, de nouvelles missions – et surtout profiter de leur capacité à travailler de manière autonome. Chez Google, on va plus loin dans l’émancipation de ces nouvelles recrues : un à deux jours par semaine, elles peuvent bénéficier des infrastructures et des relations de l’entreprise pour monter et développer leur propre projet. Le géant informatique se dote ainsi d’un véritable incubateur en interne, le meilleur moyen de fidéliser cette génération réputée sans attaches.

Les Z se caractérisent par une perspective internationale voire globale et c’est tout naturellement que plus des deux tiers envisagent de travailler à l’étranger d’après l’enquête « La Grande invazion » portée par BNP Paribas et The Boson Project. Du coup, les entreprises vont devoir prendre en compte l’attraction que représente un poste qui nécessite de voyager et les grands groupes vont devoir mettre l’accent dans leur communication sur les perspectives professionnelles à l’international.

Autre enjeu majeur de l’intégration de cette génération au monde du travail : l’adaptabilité des emplois du temps. Ces jeunes hyper connectés bousculent les frontières entre heures de travail et temps privé, ils se connectent depuis leurs smartphones pour suivre les évolutions de l’entreprise en temps réel. Eric Delcroix explique : « Nés avec le web 2.0, ils sont habitués à une grande réactivité et ne connaissent pas le formalisme des rapports hiérarchiques : s’adresser directement au patron de la société ne leur pose aucun problème ».

Pourquoi une telle réactivité ? Les Z ont besoin d’être constamment rassurés et encouragés, ils veulent du feedbacket avalent les critiques sans trop de difficultés. Pour Nicolas Sadirac, directeur général de l’Ecole 42, « ils ont un rapport décomplexé à l’erreur », contrairement à leurs aînés. Ils préfèrent reconnaitre leur manque de connaissance dans un domaine plutôt que d’être pris en flagrant délit d’incompétence.

Très sensibles à la transparence, les Z sont particulièrement attachés à l’e-réputation des entreprises qui leur permet d’évaluer ambiance et conditions de travail par le biais des voix des employés-mêmes. Le salaire n’est plus la principale motivation à l’embauche, il s’agit désormais de proposer un cadre de travail (et donc de vie) attractif, innovant, changeant et séduisant. Les entreprises qui adoptent des politiques RSE ont tout compris. Les Z attendent de l’entreprise qu’elle s’implique et s’engage pour le monde de demain, et cela en toute sincérité.

 

Recruter la génération Z

Les recruteurs actuels ont changé de perspective vis-à-vis de leur profession, et c’est tant mieux ! Professionnel des réseaux sociaux, le recruteur moderne est hyper connecté, multifonction, très accessible. Il est à la fois chasseur et ambassadeur et va chercher les candidats – qu’ils soient actifs ou passifs – là où ils se trouvent, c’est-à-dire sur Linkedin, Viadeo, Facebook ou Twitter. Tant mieux parce que les Z qui débarquent sur le marché de l’emploi n’ont aucune intention de déposer leur CV et lettres de candidature sur un Internet déshumanisé. D’après François Geuze, maitre de conférences en ressources humaines à l’université de Lille, les jeunes recherchent un « recrutement agile, mobile et digital » inclus dans des interactions humaines.

Ces « digital natives » accordent une importance considérable à leur réseau, devant leur diplôme ou même les compétences inscrites sur leur CV. A ce titre, considérer la cooptation comme moyen de recrutement n’est pas insensé. Mais cela va nécessiter un rapport complètement différent des entreprises au turnover : et si le départ d’un salarié n’était plus considéré comme un échec mais comme un moyen d’étendre le réseau de l’entreprise ?

Aujourd’hui, les entreprises sont encore en position ascendante et se contentent d’amasser un maximum de CV par des procédés véritablement industrialisés. Demain, elles devront abandonner ce modèle et devenir des acteurs proactifs du recrutement en cherchant à susciter l’intérêt des candidats. Dans les PME, qui ont déjà un fonctionnement transversal et à taille humaine, les difficultés induites par ce changement de paradigme devraient être surmontées assez facilement. Mais ce sera plus compliqué pour les grandes entreprises fondées sur une organisation en silo ou encore pour les sites de recrutement en ligne qui se contentent d’analyser les mots clé des CV et ne prennent pas encore en compte l’inversion du modèle en train d’opérer.

La génération Y qui avait pris de plein fouet l’explosion du chômage des cadres, la crise de 2008, la généralisation des CDD ou encore la rareté du CDI. Mais d’après Didier Pitelet, directeur de l’agence de communication Onthemoon, contrairement à leurs prédécesseurs, les Z « savent qu’ils risquent de connaître la crise et la précarité. Cette génération a acquis le fait qu’elle devra changer plusieurs fois de carrière dans sa vie. Pour eux, c’est un fait. La mobilité est désormais choisie et non plus subie ».

En cela, ils développent des solutions parallèles : la génération Z est plus entrepreneuriale et plus indépendante. D’après « La Grande invazion », ce ne sont pas moins de 47% des Z qui souhaitent créer leur propre entreprise ! Cette génération d’entrepreneurs a du mal à coller aux modèles actuels de l’entreprise. D’ailleurs, ces jeunes ne veulent pas choisir leur métier par raison mais par passion, préférant ainsi la liberté d’action au confort du salariat. A ce compte-là, demain ce ne sont pas des talents mais des compétences liées à un projet que les entreprises vont recruter !

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Le Maroc fait le choix du renouvelable

En décembre dernier, le Maroc s’était illustré à la COP 21 parisienne par ses objectifs ambitieux et son rôle de chef de file africain en termes d’énergies renouvelables. La semaine dernière, le roi a annoncé le début de l’exploitation de Noor 1, première phase de la centrale solaire de Noor située à Ouarzazate. Celle-ci devrait faire la taille de Rabat et pouvoir produire de l’électricité pour 1,1 million de personnes d’ici deux ans, quand Noor 2 et Noor 3 seront en phase d’exploitation.

Un potentiel considérable

Le Maroc est un pays extrêmement favorable à l’implantation des énergies renouvelables. Tout d’abord le solaire, puisque le soleil illumine le pays à hauteur de 300 jours par an. Ensuite l’éolien avec des vents d’en moyenne 9 mètres par seconde et de 40 mètres de hauteur, voire plus en ce qui concerne les zones littorales. Aussi, l’hydroélectrique grâce à ses importantes ressources en eau ou bien la biomasse avec ses 9 millions d’hectares de forêts.

De même, le royaume a instauré un environnement politique et institutionnel en adéquation avec le secteur des énergies renouvelables. Le pays s’est lancé pour ambition de voir son mix énergétique se tourner vers ces dernières de manière à atteindre 42% du parc énergétique à la faveur de sa politique « énergies propres ». Pour Massolia, communauté en ligne dédiée à l’énergie verte et à l’environnement au Maroc et en Afrique, « Le réseau multi-sites de centrales solaires multi-technologies Noor, devra produire une capacité minimum de 2000 MW d’ici 2020. L’ambition rehaussée du Maroc porte la part des énergies renouvelables à 52 % de la puissance installée à horizon 2030, positionnant le Royaume à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique ».

 

Une législation en faveur des énergies renouvelables

Pour cela, le gouvernement a mis en place des législations qui favorisent les énergies renouvelables ainsi que des institutions qui les gèrent et les recensent. Le gouvernement met également à disposition des investisseurs et opérateurs des outils qui facilitent leur intégration industrielle (capital humain, infrastructures et incitations).

La loi 13-09 instaurée début 2010 a permis au Maroc de libéraliser la production et la commercialisation des renouvelables vers les industriels. Elle induit une répartition des rôles entre les opérateurs, chargés de l’implantation des éoliennes et de la prospection des clients, et l’Office Nationale d’Electricité et d’Eau potable, qui gère l’acheminement de l’électricité.

Pour les projets non industriels, c’est la procédure classique de l’appel d’offre qui prévaut comme ça a été le cas pour le parc éolien de Tarfaya (voir ci-dessous). Ici, l’ONEE rachète l’électricité produite à un prix défini à moyen terme (environ 20 ans) : dans ce cas, on répartit les risques entre l’opérateur qui gère les coûts induits par la maintenance et la variabilité des conditions climatiques et l’ONEE qui assume les coûts financiers.

 

Solaire et éolien prévalent

Le solaire est la source d’énergie renouvelable la plus importante au Maroc et représente un potentiel considérable pour les régions reculées mal approvisionnées et mal desservies en capacité de production électrique. Le projet marocain de l’énergie solaire a été lancé en 2009 sur cinq sites pour permettre une capacité de production de 2000 mégawatts d’ici 2020, ce qui devrait permettre au pays d’économiser à terme 1 million de tonnes de combustibles équivalent pétrole soit 500 à 700 millions de $ par an.

D’autres projets ont été mis au point grâce au solaire, notamment avec l’instauration de subventions aux petits et moyens agriculteurs pour qu’ils puissent s’équiper de pompes à eau fonctionnant à l’électricité produite par les panneaux solaires afin d’économiser à la fois l’eau et l’énergie.

L’éolien est également largement mis à contribution par le gouvernement marocain. Le plus grand parc éolien d’Afrique a été construit par Nareva et le français Engie (anciennement GDF-Suez) à Tarfaya, dans le sud du pays. Les plus grandes éoliennes jamais construites par le danois Siemens s’élèvent aujourd’hui en plein désert et sont capables de fournir l’électricité de toute une ville d’1,5 million d’habitants. Le parc éolien s’étend sur 17 kms de long et 6 kms de large. L’exploitation a démarré début 2015 et une cinquantaine des 700 techniciens et ingénieurs marocains employés pendant la construction du parc y travaille toujours.

Il y aurait actuellement plus de 1 000 MW de capacité éolienne installée sur l’ensemble du royaume d’après Abdellatif El Ghali, directeur de l’exploitation de Tarfaya, et le Maroc voudrait doubler celle-ci d’ici 2020. Le gouvernement travaille d’ailleurs sur l’installation de cinq fermes éoliennes d’une capacité cumulée de 850 MW à Tanger, Tiskrad, Boujdour, Essaouira et Taza.

Au Maroc, les conditions d’implantation d’éoliennes sont idéales : le vent permettrait de les faire tourner 45% du temps contre seulement 20% en France ! Qui plus est, les démarches administratives sont bien moins contraignantes et les recours des riverains sont bien plus rares. En effet, les éoliennes sont installées sur de grandes surfaces vierges isolées et que les villages alentour profitent des nouvelles routes qui viennent désenclaver les sites.

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Acacias for all, un projet d’ESS tunisien qui donne des idées

La jeune franco-tunisienne Sarah Toumi a été désignée par Forbes comme l’une « 30 under 30 », les 30 entrepreneurs de moins de 30 ans les plus prometteurs. C’est l’occasion pour nous de vous présenter son engagement dans l’économie sociale et solidaire (ESS) par le biais du projet Acacias for all lancé dans le sud du Maghreb. Il joue sur une double orientation environnementale et sociale : lutter contre la désertification des zones rurales en Afrique du Nord tout en permettant l’émancipation et l’autosuffisance économique des femmes.

Sarah Toumi, une jeune entrepreneuse prometteuse

Par son père, Sarah Toumi va acquérir un intérêt très prononcé et très précoce pour le secteur associatif. Passionnée par les questions d’égalité des genres face à l’éducation et au travail mais aussi par la protection de l’enfance et le soutien aux jeunes, Sarah Toumi s’engage largement dans des projets liés à la solidarité internationale, à l’éducation et au développement durable. Elle a notamment co-fondé DREAMin, un incubateur de projets d’économie sociale et solidaire avec une forte inclination visant à permettre aux jeunes étudiants de donner corps à leurs idées.

Elle découvre les vertus économiques et environnementales des acacias lors d’un projet scolaire et s’intéresse alors au problème de la désertification en 2006, décrétée année du désert et de la désertification par les Nations Unies. A partir de là, son projet est en marche. En 2008, Sarah Toumi présente au Ministre de l’Environnement tunisien un projet qui consistait à planter des acacias dans les zones rurales du pays pour lutter contre la désertification. Rejetée par le gouvernement, elle ne baisse pas les bras et se lance seule dans le chantier : elle est nommée quelques mois plus tard par Ashoka en tant que « jeune artisan du changement » et la fondation la soutient dans la création deAcacias for all. Elle remporte le prix « jeune entrepreneur » d’Ashoka l’année suivante.

En 2011, Sarah quitte Paris et revient sur sa terre natale tunisienne après la révolution du printemps arabe et constate un terrible accroissement du niveau de pauvreté rurale qu’elle relie à la dangereuse expansion de la désertification et à un inquiétant exode des femmes agricultrices pour aller travailler dans des usines où on les paye avec des salaires de misère.

 

Une « entreprise sociale pluridimensionnelle »

Acacias for all est une entreprise sociale innovante tunisienne qui récolte les compensations carbones des entreprises et des particuliers pour financer la plantation d’acacias dans les zones rurales qui seront pris en charge par les habitantes locales afin qu’elles puissent devenir de véritables entrepreneuses et que leur image évolue dans leurs communautés.

En parallèle des plantations, l’entreprise dispense une formation en agro-écologie à 50 femmes agricultrices. Après trois années de croissance, les femmes récoltent la gomme des arbres et la vendent à des entreprises du commerce équitable, ce qui leur assure un salaire stable. La gomme arabique est en effet largement utilisée dans la production alimentaire, la peinture, la gravure ou encore la photographie. La vente des produits cultivés assure des moyens de subsistance durables aux femmes agricultrices et à leurs familles vivant dans ces zones rurales.

Le projet permet de lutter contre la désertification et de contribuer à améliorer l’absorption du dioxyde de carbone dans l’air. Les acacias plantés sont issus de semences alternatives, plus écologiques que les traditionnelles cultures conditionnées. Aussi, ces arbres consomment bien moins d’eau que les cultures plus répandues d’olives ou d’amandes, héritées des pratiques des parents des actuels agriculteurs locaux et qui favorisent l’irrigation des terres avec de l’eau salée et accélèrent ainsi la désertification des terres devenues infertiles.

Pour assurer le succès de l’entreprise, Sarah réalise des études empiriques sur les nouvelles opportunités offertes aux agricultrices pour lutter contre l’érosion des sols, la désertification et la pénurie d’eau. En raison des changements climatiques actuels, la désertification du nord de l’Afrique s’est accélérée et les précipitations se font de plus en plus rares. Pourtant l’agriculture, connue pour sa voracité en eau, est la principale source de revenus des habitants de la région. Les bouleversements climatiques actuels nécessitent donc un changement de fond dans les pratiques des agriculteurs locaux pour préserver les terres et compenser l’appauvrissement des ressources en eau. L’environnement dans lequel évoluent les populations a un véritable impact sur leur situation économique et alimentaire : la désertification des zones rurales au Maghreb accroit la pauvreté des habitants et impacte considérablement leur sécurité alimentaire tout en détériorant les bastions du secteur agricole.

Sarah a lancé tout un mouvement dans le sud du Maghreb pour permettre à ceux qui pratiquent l’agriculture durable de devenir propriétaire de leurs cultures afin d’engager une réflexion de long terme sur le devenir des terres. Les agricultrices sont organisés en coopératives afin qu’elles puissent devenir autonomes économiquement et qu’elles soient capables vendre leurs produits sur les marchés internationaux par leurs propres moyens. Dans cette optique, les paysans de ces zones reculées du Maghreb devraient pouvoir sortir de la pauvreté rurale.

 

Une voix qui porte

En 2013, Acacias for all a été choisi par le gouvernement français comme l’une des 100 innovations destinées à façonner le développement durable en Afrique. Et en effet, le projet de Sarah Toumi se fait de plus en plus connaitre. A l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, des jeunes ont décidé de soutenir Acacias for all en organisant un « Stop solidaire » : des étudiants sont sponsorisés par des entreprises qui s’engagent à reverser de l’argent pour chaque kilomètre parcouru en stop à travers l’Europe afin de financer la plantation de nouveaux acacias. Julia Kobeissi, qui suit actuellement un diplôme sur le monde arabe, souligne que « ce genre d’initiatives est vraiment porteur d’espoir et permet un autre regard sur cette région trop souvent stigmatisée ». Elle a découvert Acacias for all par le biais de la plateforme de crowdfunding Women world wide web et s’est donc d’abord intéressée à la cause féministe du projet : « la femme dans le monde arabe a un statut un peu particulier selon les pays, et l’idée de donner à des femmes vivant dans des régions reculées, arides – et donc étant a priori isolées – des moyens de restaurer l’environnement en s’autonomisant financièrement est vraiment important ! ».

Pour Camille Gautier, une élève de l’IEP qui s’est elle aussi engagée en faveur de l’entreprise, « l’entrepreneuriat social est aujourd’hui une partie de l’avenir : ça regroupe des objectifs de développement alternatif au niveau social mais aussi environnemental et ça permet aux populations de s’investir dans l’environnement dans lequel elles vivent ». Pour Julia, Acacias for all fait figure « d’entreprise sociale pluridimensionnelle » : « dans les pays du monde arabe, [l’aspect environnemental] n’est malheureusement pas une priorité, or ce projet montre qu’on peut allier écologie et économie, ce qui peut être porteur d’idées pour la suite ». Et Camille d’ajouter : « je pense que c’est avec des initiatives locales et régionales comme celle-ci que les choses pourront évoluer ».

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Quelle approche pour les médias français en Afrique ?

Les médias français et internationaux ont trouvé un fabuleux terrain d’expansion en Afrique. En profitant des opportunités offertes sur le marché de l’information et d’une majorité de locuteurs francophones, chacun y va de sa propre édition à destination de la population africaine, de la diaspora mais aussi de potentiels investisseurs intéressés par le continent.
 
Les médias français prennent d’assaut le marché de l’information en Afrique francophone. Canal+ par exemple gagne plus d’abonnés en Afrique que dans son bastion français, où son audience est d’ailleurs en berne, ce qui a motivé la création de la chaîne A+ entièrement dédiée aux contenus africains fin 2014. En janvier 2015, Le Mondecréait Le Monde Afrique avec pour ambition de devenir le média francophone panafricain de référence en matière d’actualités locales et internationales.

Certes les médias français et internationaux tournés vers l’Afrique ne sont pas nouveaux, comme peuvent en témoigner le magazine Jeune Afrique édité depuis 1960, la chaîne de radio Africa n°1 qui émet depuis 1981 ou encore la chaîne TV5 Afrique lancée en 1991.

Cela dit, on constate que les médias internationaux à destination de l’Afrique sont aujourd’hui en pleine expansion. Ainsi les médias d’information sont nombreux à proposer leur propre version de l’actualité africaine, à destination des populations locales mais aussi de la diaspora et d’éventuels investisseurs. C’est le cas du français Slate qui a lancé Slate Afrique dès 2011, The Huffington Post qui a lancé le HuffPost Maghreb en 2013 ou encore Le Point avecLe Point Afrique en l’année suivante.

 

Rentabiliser l’expansion des médias vers l’Afrique

C’est un véritable tropisme africain qui s’est installé à l’aube des années 2000 dans les discours et les stratégies des patrons de chaînes de télévision et de journaux. La dynamique à l’œuvre aujourd’hui ne concerne plus uniquement les acteurs spécialisés sur le continent africain. Les médias internationaux cherchent tous à capter une part de l’alléchante croissance africaine.

Sébastien Le Fol, directeur de la rédaction du Point, ironisait lors d’une intervention dans l’émission L’Atelier des Médias sur RFI sur le caractère d’« œuvre humanitaire » de l’investissement des médias français en Afrique. Après tout, la publicité est le « nerf de la guerre » et tout l’enjeu pour cette nouvelle catégorie d’investisseurs en Afrique est de rentabiliser leur nouveau positionnement.

 

De nouveaux business modèles ?

Toutefois le marché africain des services web a ses caractéristiques propres qui le distingue assez largement de son homologue occidental. Pour commencer, l’accès à Internet en Afrique est avant tout mobile. Le continent a le taux le plus bas au monde d’équipement informatique alors que la pénétration des téléphones mobiles y était estimée à plus de 75% en 2013. Pourtant, très peu d’Africains disposent d’un smartphone d’où il faut retenir que la grande majorité d’entre eux ont seulement accès à des interfaces web mobiles très basiques. Du coup il faudra que les sites d’information qui prennent d’assaut le continent se conforment aux terminaux les plus basiques d’Internet, que ce soit du point de vue ergonomique comme de l’aspect puissance.

En janvier dernier, le groupe Le Monde faisait de la régie publicitaire FacilitAds le représentant exclusif pour la commercialisation de l’espace publicitaire des sites Le Monde et Le Monde Afrique au Maroc, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, trois des pays africains qui réalisent le plus de trafic à l’étranger sur le site fixe du Monde avec l’Algérie et la Tunisie. Une aubaine pour le groupe quand on sait que les régies publicitaires ont tendance à manquer de structuration, notamment dans le domaine du digital. Les revenus publicitaires sont relativement mal assurés sur un continent où les marchés publicitaires restent très largement structurés de manière nationale. Afrique-technologienous apprend justement « qu’en 2013, la publicité en ligne ne représentait que 4% des dépenses publicitaires totales en Afrique du Sud, contre près de 25% en moyenne en Europe ». Aussi le coût de la diffusion publicitaire est beaucoup plus coûteuse qu’en Occident étant donné qu’elle coûte plus cher sur les mobiles que sur l’Internet fixe.

Egalement, la culture du paiement en ligne est assez différente en Afrique : le modèle de l’abonnement est bien moins répandu que celui des souscriptions prépayées, à l’image de ce qui se pratique sur le marché des communications mobiles. On pourrait alors imaginer des médias en ligne qui tarifient l’accès à chacun de leurs articles plutôt que de proposer un abonnement au mois ou à l’année pour des services illimités. Les consommateurs de médias paieraient non pas pour une gamme de contenus dans son intégralité mais pour les contenus bien précis qui les intéressent. Les moyens de paiement classiques sont aussi à repenser et une alternative aux cartes bancaires semble nécessaire, à l’image des cartes bancaires prépayées rechargeables proposées par Orange Money.

 

La francophonie, tremplin d’accès à l’Afrique pour les médias internationaux ?

Dans ce contexte, la francophonie est une aubaine pour les médias français mais aussi internationaux. L’Afrique étant en pleine expansion démographique, la banque Natixis a estimé que le français serait la langue la plus parlée au monde d’ici 2050, devenant ainsi la langue de 750 millions de personnes contre 220 millions recensés en 2010. L’Observatoire démographique et statistique francophone estime quant à lui qu’il devrait y avoir jusqu’à 1 milliard de locuteurs francophones d’ici 2050-2060 et 12% seulement vivront alors en Europe. L’avenir des médias français est donc véritablement tourné vers le continent africain, qui plus est si la classe moyenne africaine continue de prospérer.

Ces projections sont toutefois à relativiser puisque tous les habitants des huit pays africains qui reconnaissent le français comme leur langue officielle ne le parlent pas forcément couramment, voire pas du tout. L’enjeu de l’information de la population est donc encore à saisir sous l’angle de multiples traductions pour nombre de pays africains, notamment le Sénégal où le wolof est la langue majoritaire au quotidien tandis que le français est relégué principalement dans le domaine de l’administration.

Dans tous les cas, l’Afrique est un continent dont il ne faut pas négliger la richesse de sa multiculturalité et in fine de son multilinguisme. Les nouveaux arrivants internationaux sur le marché des médias locaux vont devoir faire preuve d’un véritable effort d’adaptation aux particularités locales. Sur un continent à faible bancarisation et forte pénétration mobile, l’approche devra de toutes façons être nationale puisque les opérateurs mobiles sont des intermédiaires indispensables pour les médias internationaux.

Et en attendant, ces médias peuvent toujours s’adresser à une diaspora dont on ne saurait négliger l’importance et l’ampleur. En effet, les quelques deux millions d’Africains installés en France représentent un marché considérable, d’autant plus que les limitations techniques des terminaux Internet évoqués précédemment et la question de l’adaptation locale n’ont pas lieu d’être avec ceux-ci.

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​« Il y a au Maroc une stratégie, un élan, une perspective, auxquels Sa Majesté imprime une impulsion toujours renouvelée »

Depuis septembre 2015, un nouvel ambassadeur français s’est installé au Maroc. Successivement ambassadeur en Syrie, en Irak puis au Vietnam, Jean-François Girault était depuis 2012 directeur d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères et du développement international. Il est membre du Conseil d’administration de l’Institut du Monde Arabe depuis 2014. Il a livré ses premières impressions sur le pays qui l’a accueilli à conjoncture.info. Pour lui, le Maroc reflète d’abord « le mouvement ; il y a au Maroc une stratégie, un élan, une perspective, auxquels Sa Majesté imprime une impulsion toujours renouvelée ».

Il cite notamment les nombreux plans de développement économique, tous plus ambitieux et attractifs, que la France soutient avec vigueur. Ainsi, le Plan d’accélération industrielle (PAI) 2014-2020 qui aurait déjà permis à plusieurs filières de se structurer en écosystèmes à part entière. Plusieurs secteurs d’activité émergent, entre autres l’automobile et l’aéronautique, en passant par la logistique.

Par ailleurs, Paris a bien conscience de la structure entrepreneuriale du marché marocain et le soutien aux PME est affirmé comme prioritaire : « Lors de sa visite au Maroc, le Secrétaire d’État chargé du Commerce Extérieur, M. Matthias Fekl, a annoncé la mise en place d’une ligne de financement d’un montant de 25 millions d’euros à destination des PME marocaines achetant des biens et services venant de France. »

M. Girault note également un certain rééquilibrage géographique : on voit l’émergence de nouveaux pôles d’activité en-dehors des centres historiques que sont Casablanca et Rabat. C’est l’occasion de citer Tanger Med, un port construit il y a seulement dix ans bordé par une zone franche d’activités industrielles et logistiques le long du détroit de Gibraltar, et d’Agadir, la plus grande station balnéaire du royaume qui jouit de non moins de 6% de croissance par an. Et d’ajouter : « En faisant preuve d’audace, les opérateurs français ont de vraies opportunités. Nous devons nous mobiliser dès l’amont. » à propos notamment de Kenitra, un port du nord-ouest du pays, que l’ambassadeur voit devenir prochainement un incontournable des centres d’activités marocains.

Par ailleurs, le Maroc se démarque par son ouverture à l’international et sa totale adéquation avec le libre-échange. Des négociations sur un accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) entre le royaume et l’Union Européenne ont été lancées en mars 2013. Rappelons à ce titre que le Maroc est le premier bénéficiaire de la politique européenne de voisinage et de l’aide financière à hauteur de près de 200 millions d’euros par an. Le royaume continue d’attirer de nombreux investisseurs et M. Girault rappelle que la France peut se féliciter non seulement d’être le premier investisseur au Maroc mais également d’être la première destination des IDE issus du Maroc : « La France est de loin le premier partenaire économique du Maroc. Les investissements français représentent près de la moitié du stock des IDE et 750 filiales d’entreprises françaises, dont 34 du CAC 40, sont implantées sur le territoire marocain, assurant plus de 120 000 emplois. »

La coopération franco-marocaine renouvelée en septembre 2015 à l’occasion de la visite du Président François Hollande à Tanger se poursuit sur les terrains de l’enseignement secondaire et supérieur, de la formation professionnelle notamment sur la question de la propriété industrielle. Par ailleurs, afin de mettre en œuvre une action sur les collectivités territoriales, « la coopération franco-marocaine s’opère également au niveau des territoires. Afin d’amplifier cette dynamique, des Assises franco-marocaines de la coopération décentralisée se tiendront en 2016. »

En ce qui concerne les questions environnementales, la coordination des actions franco-marocaines est aussi une priorité affichée de l’ambassade : « L’Appel de Tanger pour une action solidaire et forte en faveur du climat, lancé le 20 septembre dernier par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président François Hollande, symbolise la communauté de vue et d’ambition de la France et du Maroc face à ce que les deux pays considèrent comme l’enjeu planétaire majeur de ce siècle. » L’Appel a été exceptionnellement signé par les deux chefs de l’Etat et a permis au Maroc de se démarquer par un engagement précoce et ambitieux en marge de la COP21 qui s’est tenue en décembre dernier à Paris.

L’ambassadeur conclue sur une note plus qu’encourageante quant au devenir des relations franco-marocaines : « notre diplomatie économique dispose d’une équipe de France de l’export à la mesure des enjeux et des défis que nous assigne notre place de premier partenaire économique du Royaume ».

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Chinafrique, Pékin investit pour sa “nouvelle route de la soie”

Xi Jinping a effectué du 19 au 23 janvier des visites au Moyen-Orient et notamment en Egypte qu’il veut voir devenir le nouveau carrefour de la production chinoise issue de sa « nouvelle route de la soie ». Une occasion de se pencher un peu plus sur la relation Chine-Afrique, qui fascine au moins autant qu’elle est critiquée. Alors, qu’en est-il vraiment du poids de Pékin sur le continent africain ?

Une relation historique avant d’être économique

Depuis les années 1950, le continent africain a été un terrain d’affrontement entre les blocs de l’Est et de l’Ouest. La Chine a donc très tôt manifesté son intérêt pour l’Afrique en soutenant les mouvements indépendantistes des Etats colonisés et en s’illustrant comme le premier pays non arabe à reconnaitre le gouvernement provisoire d’Algérie. A l’orée des années 2000, on a pu observer un retour en force de la Chine en Afrique, motivée par des besoins économiques, énergétiques mais aussi politiques.

Après les années 1980, l’Occident a délaissé l’Afrique fraichement décolonisée pour l’Europe de l’Est. C’est la Chine qui a permis grâce à ses achats de matières premières de maintenir les cours en Afrique et même de provoquer un renouveau économique dont ils ont du coup été les premiers bénéficiaires grâce à leur présence sur le continent.

En 2013, les échanges commerciaux sino-africains franchissaient la barre des 200 milliards de $ ce qui a renforcé Pékin dans son rôle de premier partenaire commercial de l’Afrique, détenu depuis 2009 au détriment des Etats-Unis et de l’Europe. Toutefois il faut garder à l’esprit que les investissements chinois en Afrique sont souvent surestimés : les Etats-Unis restent les premiers pourvoyeurs d’investissements directs à l’étranger sur le continent africain. Aussi, le cumul des investissements du Brésil, de la Russie et de l’Inde est supérieur à ceux de la Chine.

 

Une relation d’échange biaisée ?

Cependant, les termes d’un échange proprement « bilatéral » ne seraient pas tout à fait appliqués. Des reproches à l’égard d’une présence chinoise invasive et illégitime sont souvent âprement exprimés. Notamment la question de la main d’œuvre utilisée par les sociétés chinoises qui préféreraient travailler avec des Chinois expatriés qu’avec la population locale. Ici Pékin se défend en avançant que le nombre de Chinois travaillant à l’étranger ne serait que de quelques 800 milliers et que la population active fait déjà défaut à l’intérieur du pays. Mais les relations entre les sociétés chinoises et les locaux ne sont pas toujours au beau fixe. En février 2013, le gouvernement zambien avait dû prendre le contrôle d’une mine de charbon exploitée par une société chinoise au motif que celle-ci ne payait pas ses redevances et bafouait les normes environnementales et de sécurité.

On dénonce souvent un prétendu accaparement des terres africaines par les sociétés chinoises ; dans les faits, c’est simplement faux. Les propriétés foncières en Afrique détenues par des étrangers le seraient d’abord par les pays du Golfe et l’Europe avant la Chine selon la base de données International Land Coalition.

Pour certains, l’intérêt de Pékin pour l’Afrique viendrait de ce que la République Populaire de Chine lorgne dangereusement sur les ressources naturelles du continent. La dépendance énergétique est en effet devenue une préoccupation centrale pour Pékin qui s’inquiète d’une position d’importateur de ressources insoutenable quant au rôle mondial que la Chine doit désormais assurer. En Indonésie, les ressources pétrolières se sont raréfiées et il est devenu primordial pour le gouvernement chinois d’employer tous ses moyens à diversifier ses sources d’approvisionnement. Les ressources moyen-orientales ayant été largement accaparées par les Etats-Unis (à l’exception de l’Iran) et les ressources de la Mer Caspienne s’étant avérées finalement décevantes, l’Afrique s’est imposée d’emblée comme le puits de pétrole à acquérir pour Pékin. Cependant les difficultés rencontrées dans la zone du Proche-Orient par les Etats-Unis ont fini par ajuster la stratégie énergétique de Washington qui se tourne désormais lui aussi vers l’Afrique et le continent devient un terrain de confrontation entre les géants américain et chinois. Or le gouvernement chinois tient à se différencier de ses concurrents en adoptant une stratégie plus souple vis-à-vis de ses partenaires africains.

Au-delà des reproches que certains font à Pékin sur son ingérence physique en Afrique, on peut surtout admettre que l’Afrique a à craindre de sa dépendance à l’égard de la Chine. En décembre dernier, les effets d’un certain ralentissement de la croissance économique chinoise, ramenée à 7% selon les officiels, a été immédiatement ressenti par les économies africaines qui se reposent sur l’exportation de leurs minerais vers le géant chinois alors qu’elles étaient déjà fragilisées par la baisse des cours des matières premières. La Zambie et la République Démocratique du Congo ont été particulièrement touchées par ce recul de leurs exportations de platine et de cuivre, tandis que le Nigeria et le Liberia souffraient de la chute des cours du pétrole et du fer.

 

La stratégie de Pékin en Afrique

Le magazine chinois Outlook a souligné la singularité de la présence de Pékin en Afrique : « Depuis vingt ans, la raison pour laquelle le commerce sino-africain a progressé rapidement et a suscité l’envie de l’Occident est que la Chine ne s’ingère pas dans les affaires intérieures africaines et qu’elle est prête à payer à l’Afrique un prix plus élevé que les pays occidentaux ». En effet, la Chine privilégie les infrastructures et, contrairement aux Empires coloniaux occidentaux, ne conditionnent pas ses aides et ses crédits.

Pour Sébastien Le Belzic, directeur du site Chinafrica.info, la relation Chine-Afrique repose sur des liens de type économique : « Il s’agit d’entreprises publiques chinoises qui financent et construisent des infrastructures sur le continent africain en échange de concessions sur les matières premières, sur les terres, ou de prêts à taux négociés » de sorte que la relation est mutuellement bénéfique. Il souligne toutefois que la Chine n’est pas dupe au point de s’attendre à ce qu’on lui rembourse les investissements massifs qu’elle fait en Afrique, et d’ailleurs sa position de géant économique ne le requière pas absolument. Les financements chinois en Afrique sont du coup particulièrement opaques mais l’Afrique doit nécessairement s’ouvrir à d’autres partenaires pour ne pas être entravée dans son développement par sa dépendance envers Pékin.

En 2006, Pékin avait proposé d’instaurer six zones économiques spéciales (ZES) sur le modèle de Shenzhen en Afrique pour accroitre le développement de l’industrie africaine et à terme changer les modalités de l’échange. Pékin joue aussi sur un registre de « cadeau généreux » dans ses discours pour valoriser la fameuse amitié sino-africaine.

En décembre 2015, le sommet Chine-Afrique à Johannesburg s’ouvrait sur cette déclaration de Xi Jinping : « La Chine a décidé d’octroyer un total de 60 milliards de dollars d’aide financière incluant 5 milliards de prêts à taux zéro et 35 milliards de prêts à taux préférentiels », une somme au total trois fois supérieure à celle promise en 2012 lors du dernier sommet sans toutefois qu’aucun calendrier ne soit annoncé. Les projets de la Chine en Afrique ont été exprimés sur des sujets tout à fait divers : grands projets de réseaux d’infrastructures et d’industrialisation, divers programmes de coopération dans des domaines tels que l’agriculture, la sécurité, la santé ou encore le développement vert, octroi de bourses aux étudiants, création de centres de formation, projets de « vie heureuse » pour lutter contre la pauvreté…

 

Le point d’arrivée de la nouvelle « route de la soie » en Egypte ?

Xi Jinping a invité l’Egypte à participer au sommet du G20 qui se déroulera en septembre 2016 à Hangzhou (j’y serai). Alors que l’économie chinoise est largement montée en puissance ces dernières années, l’Egypte pourrait en profiter pour répondre à ses besoins de fonds, elle qui finance à hauteur d’un quart de son budget national les subventions à l’énergie et les produits de première nécessité. Xi Jinping se rendra dans les jours qui viennent en Egypte pour entériner toute une série d’accords économiques vitaux pour son partenaire soit 15 projets d’investissement pour une valeur de 15 milliards de $. Une occasion pour Pékin de renforcer ses liens avec Le Caire où il avait inauguré il y a 10 ans maintenant la première de ses ZES.

Pour le gouvernement chinois, il s’agit surtout de donner corps au projet fou de Xi Jinping de recréer la Route de la Soie qui a fait toute la grandeur de l’Empire chinois. L’Egypte deviendrait alors la porte d’entrée de l’Afrique et du Moyen-Orient pour les producteurs de textile chinois.

La Chine a également intégré Le Caire et Johannesburg à banque asiatique d’infrastructures, une institution qui se veut alternative au FMI et à la Banque Mondiale et qui pourrait engager de nouveaux prêts en Egypte et Afrique du Sud (les seuls pays africains qui font pour l’instant partie de la BAII). D’ailleurs Pékin lance un projet estimé à 45 milliards de $ pour doter l’Egypte d’une nouvelle capitale administrative, une initiative qui résonne en marge de la découverte de gisements offshore au large de l’Egypte fin 2015. Les entreprises de textile chinoises affluent désormais sur les bords du Nil pour préparer le nouveau carrefour de la production chinoise en Afrique, de même que les touristes qui investissent les pyramides par centaines de milliers chaque année.

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