Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé le 2 juillet dernier que le gouvernement islamo-conservateur de Turquie travaillait sur un projet permettant aux migrants syriens vivant dans le pays d’obtenir la nationalité turque. Il y a quelques jours, il a balayé la vague de critiques à l’encontre du projet et a même évoqué la possibilité d’attribuer des logements HLM aux migrants.
« Il y a des individus hautement qualifiés parmi les réfugiés syriens en Turquie. [Leur accorder la nationalité turque] servirait les intérêts de la Turquie et améliorerait leur niveau de vie » avait déclaré le chef de l’Etat turc, entrainant une véritable levée de boucliers au sein l’opposition parlementaire.
Une avalanche de critiques a déferlé sur les réseaux sociaux suite à l’intervention d’Erdogan. Dans le journal Zaman, on dénonce les « considérations ethniques » derrière les réserves exprimées, on parle même de « réminiscence kémaliste ». Même des formations politiques de gauche telles que le CHP se sont montrées très hostiles au projet. Le hashtag « je ne veux pas de Syrien dans mon pays » va jusqu’à rencontrer un certain succès…
Quelques 2,7 millions de Syriens ont trouvé refuge en Turquie depuis 2011. 10% d’entre eux vivent dans des camps de réfugiés mais la grande majorité d’entre eux se bat pour intégrer la société et le marché du travail turcs. Si les travaux en cours sur le projet de naturalisation ne sont pas encore finalisés, il pourrait concerner jusqu’à 300 000 personnes d’après le journal Haberturk. Puisque 2 millions de femmes et d’enfants ne sont pas directement concernés, il resterait 500 000 hommes capables de remplir les conditions.
Le ministre turc des Douanes et du Commerce, Bulent Tufenkci, rappelle d’ailleurs que « l’octroi de la citoyenneté sera conditionné par certains critères : les Syriens qui souhaitent l’obtenir ne devront pas avoir commis de crimes, ils devront être qualifiés et exprimer clairement leur volonté de vivre dans notre pays et de devenir citoyens turcs ». Seuls ceux qui souhaiteront vraiment engager les démarches sont concernés puisqu’il ne s’agit ni d’une obligation ni d’un droit automatique.
Erdogan a justifié sa volonté de loger les migrants par la surface immense du pays. « Nous n’allons pas les condamner à vivre dans des camps ou dans des caves (…). On peut les établir dans certaines parties de notre pays. Et la TOKI [l’agence turque de l’habitat] a des logements inoccupés », a-t-il précisé.
Mais les tensions sont palpables dans les villes turques. L’Orient-le-jour a d’ailleurs évoqué une rixe mortelle entre des habitants et des Syriens dans la ville de Beysehir. Un jeune Turc de 18 ans et un Syrien ont été tués à l’arme blanche. Si les incidents entre locaux et migrants sont sporadiques, ils débouchent rarement sur des conflits mortels. La police est de plus en plus mise à contribution pour tempérer les altercations inter-ethniques.









