Le Maroc accorde le leadership au féminin

Dès le début des années 2000, les pays du Maghreb ont saisi la dynamique globale encourageant une plus large participation des femmes dans les sphères de prise de décisions publiques et politiques. Cette tendance fait état, en ce qui concerne le Maroc notamment, d’une réelle volonté de s’appuyer sur tous les leviers d’un Etat démocratique.

En 2007, le gouvernement marocain était pour la première fois composée de sept femmes ministres, dont cinq à plein titre. L’année suivante, le gouvernement réaffirmait sa volonté d’intégrer les dimensions de genre et s’était ensuite illustré par son engagement à lutter contre la discrimination et la violence à l’égard des femmes. Dans les faits, on a vu se mettre en place dans le royaume des réformes juridiques et institutionnelles concrétisant une politique de protection et de promotion des droits de la femme dans les domaines socio-économiques et politiques.

Les plus grands groupes mondiaux compteraient aujourd’hui en moyenne 35% de femmes au sein de leurs effectifs. Mais les chiffres sont encore plus alarmants dès lors qu’on grimpe dans la hiérarchie : il n’y aurait plus que 15% de femmes dans les comités exécutifs de ces sociétés. Les études mettent en avant un empiètement de la vie personnelle : la maternité par exemple pousserait les femmes de diplômes et compétences équivalents à leurs pairs masculins à s’éloigner des postes à responsabilité pendant plusieurs années, laissant l’ascendant aux hommes de l’entreprise.

 

Le pari de l’APD

Le 17 mars dernier avait lieu la quatrième rencontre de l’Association pour le progrès des dirigeants (APD) pour la célébration du leadership féminin. Challenge.ma citait à ce titre des personnalités telles que « Asma Azizi, Meryem Cherkaoui, Amane Fethallah, Lisa Ivers, Samira Khamlichi ou encore Nabila Mounib », des femmes qui inspirent par leur potentiel et leurs réalisations dans les domaines qui les passionnent. Le thème de la table ronde de cette année était : « Women in leadership, des histoires du Maroc et d’ailleurs ».

Bien que les dirigeantes présentes étaient issues de domaines divers et variés, la plupart étaient surtout réputés pour représenter des métiers d’hommes. Asma Azizi par exemple s’est d’abord illustrée dans des domaines que l’on prête plus facilement aux hommes tels que le spatial, l’aéronautique, la construction des ports, la défense ou encore la sécurité avant de lancer sa propre entreprise de conseil. Elle a insisté sur son inébranlable confiance en soi et sa capacité à persévérer sans tenir compte des remarques non constructives.

Les intervenantes ont parfois mis en avant les difficultés qu’il peut y avoir à être au sommet de la hiérarchie quand des hommes sont en-dessous. Il a fallu que ces fortes personnalités apprennent à doser entre la rigueur et la fermeté qui doivent prévaloir à leur poste et la sensibilité que l’on associe naturellement aux femmes. Mais les oratrices ont fait de ces obstacles des opportunités et Asma Azizi par exemple a toujours considéré comme une chance le fait d’être la seule femme de son équipe, mettant en avant les qualités féminines « que les hommes n’ont pas » telles que la diplomatie ou la propension à chercher l’harmonie.

Samira Khamlichi, directrice générale de Wafacash, s’est réjouit que l’égalité des genres progresse dans la société marocaine et a insisté sur la nécessité de repenser l’éducation, notamment parentale, à ce sujet. Les intervenantes de cette table ronde ont pour beaucoup d’entre elles mis en avant leur chance d’avoir grandi dans des familles ouvertes qui les ont poussées à réussir aussi bien que leurs frères.

Des études ont démontré que la présence de femmes dans les organisations accroit significativement leur efficacité. D’après Lisa Ivers, les sociétés qui ont intégré des conseils d’administration diversifiés voient leurs résultats nets et leur valorisation boursière croitre considérablement en comparaison des entreprises dont les CA sont composés uniquement d’hommes. D’ailleurs, l’APD a totalement intégré cet état de fait puisque l’association est elle-même composée à 60% de femmes et qu’elle en compte six dans son CA.

Par ces actions, l’APD veut promouvoir une « nouvelle génération de dirigeants marocains, hommes et femmes, de classe mondiale ». Il s’agit donc de renforcer la présence déjà existante des femmes dans les postes clés des entreprises et des institutions marocaines. L’idée clairement défendue par l’institution est que le progrès des organisations marocaines doit venir du développement des dirigeants. Dans le cadre du choix stratégique opéré par le royaume, celui de la régionalisation avancée, cet argument prend sens et vise à faire émerger des leaders puissants à un niveau local capables de lancer de grands projets et d’agréger un maximum d’investisseurs.

 

Encore du chemin à faire

Quand bien même le royaume multiplie les initiatives en faveur de la promotion du leadership et des compétences des femmes, des progrès concrets restent à faire. Le rapport de 2014 du Forum économique mondial sur l’écart de genre place le Maroc 133e sur 142 pays… Si l’intégration des filles au système d’éducation et la santé des femmes marocaines sont plutôt bien notées, l’engagement des femmes en politique est particulièrement faible avec un score de 0.110 quand le seuil d’égalité est à 1.

En ce qui concerne les dimensions socio-économiques, les hommes sont payés 70% de plus que les femmes à travail égal mais ces chiffres correspondent à peu près à la moyenne mondiale. En revanche, les postes à responsabilité sont toujours bien majoritairement aux mains des hommes puisque les femmes parlementaires, hauts fonctionnaires ou dirigeantes ne représenteraient même pas 10% des effectifs de ces professions.

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Une étude publiée en 2013 par le Haut commissariat au plan marocain intitulée « Femmes marocaines et marché du travail : caractéristiques et évolution » faisait état d’un taux de féminisation de l’emploi de seulement 26.1% en 2012, ce qui est « largement en deçà [du taux d’emploi féminin] enregistré au niveau des pays développés ».

Toujours est-il que de plus en plus de voix de marocaines s’élèvent pour défendre la féminisation de la gouvernance en portant haut et fort leurs carrières, leurs projets et leurs réalisations, dans les secteurs public comme privé. L’avenir nous dira si ces personnalités porteront les évolutions de la société marocaine de demain.

Les compétences du 21e siècle

Notre monde change, et avec lui notre environnement économique et ses besoins. Les enseignants, les recruteurs et les entreprises cherchent désormais à engager des individus dont les compétences seront décisives s’adapter aux changements induits par le 21e siècle. Pour les travailleurs de demain, le message est clair : ils veulent plus de responsabilités et plus d’occasions de faire preuve d’initiatives et de créativité.

 

Intégrer les compétences clés de demain

D’après Jérémy Lamri, fondateur de Monkey Tie, un site de recrutement fondé sur les compétences, « les compétences nécessaires à la réussite ne sont radicalement plus les mêmes qu’autrefois ». Prendre acte de ces évolutions est aujourd’hui indispensable pour que la formation des acteurs de l’économie de demain soit en adéquation avec les demandes de leur environnement.

Avec l’accès illimité et instantané aux informations mais également une mise en réseau accrue des individus, ce sont non seulement nos modes de vie mais aussi nos modes de travail et d’organisation qui ont été radicalement modifiés. Depuis les vingt dernières années, nos capacités à interagir et à analyser notre environnement sont de plus en plus sollicitées. Dans un monde où la quantité d’informations double tous les deux ans, notre sens critique nous est plus que jamais indispensable. Il faut dès lors savoir se montrer créatif, privilégier le travail en équipe mais aussi faire preuve d’initiatives et savoir communiquer.

L’organisme P21 (Partenariat pour les compétences du 21e siècle) a mis au point une taxonomie pour catégoriser ces nouvelles compétences. Elle a été largement reprise, notamment dans les universités américaines, pour placer ces compétences au cœur des nouvelles techniques d’enseignement. A partir de nombreuses initiatives lancés par toutes sortes d’organismes – lancées par des universités, des ministères de l’Education, l’Unesco ou encore l’Union Européenne – l’OCDE a adopté un nouveau référentiel d’évaluation des étudiants qui fait aujourd’hui consensus.

Compétences cognitives, ou liées à l’apprentissage (Learning skills – 4C)
– Pensée critique
– Créativité
– Coopération
– Communication
Compétences littéraires (Litteracy skills)
– Information
– Média
– Technologie
Compétences liées au quotidien (Life skills)
– Flexibilité
– Initiative
– Sociabilité
– Productivité
– Leadership

L’enseignement doit mettre l’accent sur les 4C (compétences cognitives) en ce qu’elles sont indispensables au développement individuel et permettent de résoudre des situations complexes. A une échelle macroéconomique, ces compétences vont permettre aux nations de considérablement développer leur capital humain, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances et des compétences acquises par les individus, afin d’assurer par la même leur croissance économique.

 

Les digital natives à la recherche de responsabilités

Lors d’un atelier de l’université du MEDEF sur les compétences des millenium workers, une étudiante d’EPITA (École pour l’informatique et les techniques avancées) a dit attendre d’une entreprise qu’elle lui laisse des responsabilités. Elle a mis l’accent sur la notion de confiance en expliquant ne pas vouloir être constamment surveillée et ne pas être contrainte de suivre à la lettre une fiche de poste ultra-détaillée. Comme beaucoup des jeunes arrivants sur le marché du travail de la génération Z, elle s’est montrée sensible aux opportunités professionnelles à l’international ainsi qu’à une certaine autonomie.

Les « digital natives », ces jeunes nés entre la fin des années 1980 et le début des années 1990 imprégnés de la culture numérique, représenteraient 6 millions de jeunes de moins de 29 ans. Pour Denis Penel, directeur du CIETT (International Confederation of Private Employment Services), c’est une « multigénération » caractérisée par de multiples tâches et de multiples actifs. Ces jeunes sont polycentriques et recherchent la diversité dans leurs missions.

Pour Denis Penel, « le numérique a tué la loi de la gravité », le travail nous suit. Hyper connectés, les digital natives bousculent les frontières entre heures de travail et temps privé. Ils se connectent depuis leurs smartphones pour suivre les évolutions de l’entreprise en temps réel. C’est la « fin de l’espace-temps » : on peut travailler à la maison et jouer au bureau (si tant est qu’on ait encore un bureau).

Les codes du salariat mêmes se retrouvent bouleversés par l’arrivée de ces jeunes sur le marché du travail. Non seulement le CDI n’est plus la norme, mais les digital natives ont un rapport de courte durée à leurs activités. Dès lors, cette forme de contrat, qui ne concerne déjà plus qu’un tiers des employés français, n’a plus d’intérêt que pour la protection sociale qu’il apporte mais perd ses avantages sur la durée étant donné que la stabilité n’est plus une vertu. Par ailleurs, les jeunes ne sont pas imprégnés du formalisme des rapports hiérarchiques et ils ont plus de mal à comprendre le modèle du CDI, qui découle clairement d’une conception hiérarchisée du travail.

Un problème aujourd’hui est que le niveau d’engagement dans les entreprises en France est de plus en plus faible.Office Vibe a produit une enquête l’année dernière qui révèle dramatiquement que 88% des employés n’ont aucune passion pour leur travail. Les managers doivent désormais individualiser leur façon de gérer leurs salariés. Et pourIsaac Geetz, professeur à l’ESCP Europe, l’enjeu pour les entreprises est de créer un environnement où les gens sont naturellement motivés.

Pour fidéliser les travailleurs de demain, sera-t-il suffisant de leur accorder de l’autonomie ? Quant à les rendre responsables de leurs réalisations, oui mais jusqu’à quel point ? Le management dans l’entreprise a encore pas mal de défis à relever…

L’ubérisation, un nouveau modèle disruptif qui divise

Pour l’observatoire de l’uberisation, ce phénomène équivaut à un changement rapide des rapports de force grâce au numérique. Ce serait « une lame de fond qui va petit à petit impacter tous les secteurs de l’économie traditionnelle ». Et en effet, l’uberisation est partout : dans le secteur des transports, de la musique, de l’hébergement mais aussi de la publicité ou encore de la santé. En reprenant les exemples présentés à l’université numérique du MEDEF qui a lieu en début mars, nous décortiquons les grands enjeux de ce phénomène.

 

Un nouveau modèle disruptif

Le concept fait peur aux entreprises qui voient se réduire comme peau de chagrin les domaines où leur intermédiaire était encore indispensable il y a 2 ans. En effet c’était Maurice Lévy, PDG de Publicis, qui utilisait ce terme le premier fin 2014 : « tout le monde commence à craindre de se faire ubériser ». Il témoignait ainsi de la peur des entreprises établies de voir leur secteur chamboulé par les nouveaux acteurs de l’économie numérique. Ce « tsunami numérique » a proprement bouleversé les circuits de distribution en court-circuitant les acteurs traditionnels.

Emblématique de cette nouvelle forme de révolution économique, la société californienne Uber a changé les codes du monde des transports. L’américain Transdev, qui prend en charge tous les types de mobilité du métro au vélo en passant par l’autopartage, le bus ou même le bateau, a lui-même été impacté par le phénomène Uber sur son offre de taxi. La société a pour ambition de s’intégrer aux nouvelles villes intelligentes en permettant aux citadins de coordonner leurs différents modes de transport.

Pour les entreprises déjà établies, il va falloir réagir, et réagir vite. Sanef, société française d’exploitation d’autoroutes, cherche à adopter un modèle en rupture en proposant des moyens de paiement simplifiés, unifiés et plus rapides aux péages « pour adapter les infrastructures et les équipements aux attentes et aux évolutions des comportements de [leurs] clients ».

Sur le marché européen des poids lourds, qui pèse 2 millions de véhicules, les enjeux sont conséquents. Or le fonctionnement actuel des bourses au fret est trop lourd, la vérification des disponibilités, des destinations et des prix est devenue inefficace car trop coûteuse en termes de temps et de ressources. C’est là que Chronotruck a décidé de venir mettre en relation transporteurs et expéditeurs afin d’éviter d’optimiser le temps et l’argent des entreprises de fret.

 

Plus d’attention à l’expérience des consommateurs

Les consommateurs de service sont de plus en plus attentifs à la qualité de la prestation et recherchent la meilleure expérience de consommation possible.

Dans le secteur de la restauration, la start-up parisienne Foodchéri surfe sur cette vague en proposant aux amateurs de cuisine de commander en ligne des petits plats de chefs à moindre coût. L’ambition du dirigeant, Patrick Asdaghi, est de fournir mille repas par semaine aux Parisiens pour moins de 10€. Il s’agit non pas de miser le succès de l’entreprise sur la communication mais de se focaliser sur la qualité du service rendu au client, c’est-à-dire l’investissement en cuisine et la couverture géographique. C’est le bouche à oreille qui va permettre à la start-up de se faire connaître et un indicateur sera particulièrement mesuré et suivi : le net promoteur score (NPS) qui mesure l’accumulation nette des recommandations du service.

Pour toutes ces entreprises qui se lancent dans l’aventure de l’uberisation, il s’agit de maitriser toutes les potentialités offertes par les domaines du digital, des nouvelles technologies et de l’innovation numérique. Les nouvelles sociétés emblématiques de l’uberisation misent sur le « tout numérique », en rupture avec le « tout salarial » qui caractérisait les marchés jusqu’à présent. Elles ont bien saisi le besoin d’indépendance des individus qui revendiquent une nouvelle forme de liberté dans leur façon de consommer et d’échanger des services. Pour ça, rien de plus cohérent que d’offrir aux consommateurs la possibilité de choisir des services à la carte, depuis leur domicile et en quelques clics.

L’écotourisme en plein boom au Maroc

Alors que le secteur du tourisme marocain est relativement morose, le tourisme éco-responsable apparait comme le seul créneau faisant preuve de suffisamment de dynamisme pour relancer ce secteur clé de l’économie marocaine. Coup de projecteur sur une tendance en pleine ascension cette année.

Relancer un secteur sombré dans la morosité

Entre 2011 et 2014, les recettes des voyages réalisés dans le royaume ont baissé de près de 3% alors même que le tourisme reste un des moteurs de l’économie nationale. La traditionnelle offre « station balnéaire » s’est progressivement retirée. « Excepté Mazagan Resort à El Jadida, les autres stations balnéaires du Plan Azur restent, soit inachevées (Plage Blanche, Taghazout), soit vertement critiquées (le cas de Saïdia dans le nord du Maroc). Conçues pour attirer les touristes en masse, ces stations gigantesques, îlots luxueux au milieu de nulle part, manquent d’interactions avec leur environnement et les populations locales. Les animations proposées s’avèrent insuffisantes », d’après un article de Christelle Marot dans Econostrum.

L’écotourisme est l’activité touristique qui contribue à la protection de l’environnement et apporte des retombées équitables aux populations locales leur permettant d’améliorer leur bien-être. Il induit une participation active des populations locales, un engagement concret des touristes et des opérateurs dans des actions de protection de la nature et de sensibilisation à la biodiversité et une recherche d’équité dans le partage des fruits de l’activité touristique. Dans ce cadre, des initiatives très intéressantes voient le jour en matière de tourisme rural avec mise en valeur des produits du terroir, création d’appellations d’origine, développement de coopératives agricoles artisanales, de productions biologiques (huile d’olive, huile d’argan…). On voit émerger au Maroc une véritable économie du tourisme durable avec des randonnées pédestres ou équestres, du parapente, du tourisme vert, la découverte de l’artisanat, des échanges avec les populations locales, des maisons d’hôtes, etc. Et ça fonctionne particulièrement bien sur les touristes européens, entre autres les Français.

Le problème est que ces touristes en recherche perpétuelle d’authenticité vont se tourner vers le tourisme de luxe. S’enfoncer dans les terres est relativement compliqué dans certaines zones enclavées du pays, sans compter que les activités sont restreintes dans des petites communes rurales qui manquent d’infrastructures pour proposer des hébergements adéquats.

 

Un plan de développement ambitieux

Le plan de développement du tourisme marocain s’incarne dans le programme « Vision 2020 » qui a pour ambition de hisser le Maroc au top 20 des premières destinations touristiques mondiales par la mise en valeur des territoires. Il s’agit concrètement de doubler les capacités du secteur : les arrivées de touristes, le tourisme domestique, les capacités d’hébergement, les emplois directs, les recettes du secteur et encore la part du tourisme dans le PIB. Le tout en jouant sur l’authenticité qui a fait la marque du tourisme marocain et sur la diversité des territoires offerte par le royaume.

La Fondation pour l’éducation et l’environnement a créé en 2002 le label écologique « clef verte » pour récompenser les hôtels, gîtes et autres types d’hébergement dont la démarche écologique fait preuve de dynamisme. Ce label soutenu par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT), est aujourd’hui devenu emblématique du tourisme écologique et ce n’est pas moins de 57 établissements marocains qui ont été labellisé en 2012. L’impact a été non négligeable sur les touristes européens, particulièrement friands de ce genre d’initiatives en faveur de la protection de l’environnement.

 

Le tournant 2016

En ce moment, le Maroc est en pleine opération séduction à destination des touristes russes. Des journalistes russes ont été invités à visiter Marrakech et Agadir, deux destinations phares du tourisme marocain, mais aussi Rabat et Casablanca. Cette opération de communication prend corps dans une stratégie plus globale de promotion du secteur touristique du royaume chérifien auprès de nouveaux marchés porteurs. Les touristes français et espagnols notamment choisissent moins le Maroc ces dernières années en raison de la conjoncture économique, alors que l’émergence d’une classe moyenne russe offre de nouvelles opportunités aux acteurs du tourisme marocain.

Le mois dernier, le souverain marocain lançait à Dakhla un plan de développement de près de 30 milliards de dirhams pour favoriser l’emploi, la compétitivité et le développement socio-économique de les régions sahariennes de Dakhla-Oued Eddahab et Guelmime-Oued Noun. En plus de la mise en valeur du secteur de l’aquaculture, le projet vise la création d’un pôle éco-touristique et la protection des écosystèmes par la mise en valeur des potentiels naturels, culturels et écologiques de ces deux régions. Ainsi le nouveau modèle de développement des provinces sahariennes inauguré par Mohammed VI pour le 40e anniversaire de la Marche Verte prend corps notamment dans l’émulsion du secteur du tourisme responsable.

Le département marocain du Tourisme qui a initié, le 25 janvier dernier, la première Journée marocaine du tourisme durable. 2016 se pose comme un tournant, 10 ans après la création du Comité marocain du tourisme responsable qui a récompensé cette année le Parc national de Toukbal devenu « territoire durable ».

Pour soutenir les initiatives marocaines en termes de préservation de l’environnement, la Banque Mondiale a accordé au pays un nouveau prêt de 300 millions de dollars afin d’inhiber la transition du royaume vers la croissance verte. En-dehors de la préservation des ressources agricoles et halieutiques, qui font encore vivre beaucoup de Marocains, l’idée est d’associer emploi et environnement en permettant le développement de nouveaux secteurs tels que l’aquaculture, l’écotourisme ou encore le marché des énergies renouvelables.

La France agricole en crise

Samedi dernier, à l’occasion du Salon de l’Agriculture 2016, François Hollande était chahuté par des éleveurs fustigeant la libéralisation et appelant à prendre en compte la situation critique de leur secteur d’activité. Depuis toujours, le secteur agricole subit les caprices de la conjoncture économique, mais dans les années 1980 il est entré dans une profonde crise qui a dû mal à être enrayée par les innovations du secteur.

 

L’agriculture est entrée dans une crise structurelle

Il y a encore 100 ans, on comptait 10 fois plus d’agriculteurs en France. C’est la catégorie socioprofessionnelle qui est entrée le plus brutalement en situation de minorité, jusqu’à devenir minoritaires dans son propre espace, les campagnes. Face aux bouleversements que subi le secteur, les agriculteurs ont tenté tant bien que mal de s’adapter. Aujourd’hui, la majorité des jeunes entrants du secteur agricole font d’office le choix de la pluriactivité.

Jusque-là, les crises conjoncturelles avaient toujours secoué le secteur agricole, particulièrement soumis aux aléas de la conjoncture économique. Toutefois des politiques avaient été mises en place pour faire tampon (loi d’orientation poussant à l’agriculture familiale moderne et instauration d’un « prix de soutien » par la PAC dans les années 1960, instauration de « quotas laitiers » pour éviter la surproduction dans les années 1980…). Le secteur était encore habilement régulé et contrôlé. Mais sous l’impulsion de l’Europe, ces mécanismes d’intervention ont été progressivement balayés pour favoriser la libéralisation des marchés, notamment de produits agricoles. La PAC a supprimé son « prix de soutien » en 1992 et l’OMC a limité les aides au secteur 3 ans plus tard. Les aides à la production ont été remplacées par des aides découplées en 2006. Finalement, l’année dernière, les « quotas laitiers » ont été supprimés. Et rien (ou très peu) n’a été fait pour que les agriculteurs puissent s’adapter à la nouvelle concurrence qui sévit sur le secteur.

 

Des exploitants à l’agonie

Sous le coup de la crise, on voit les agriculteurs se scinder en plusieurs catégories : ceux qui ont su tirer profit de la conjoncture pour rentabiliser leur activité, et ceux qui ploient dangereusement sous le coup des contraintes. Dans le monde, on n’a jamais eu autant de très petites et de grandes exploitations (environ 30% pour les deux) tandis que les petites et moyennes exploitations, plutôt familiales, disparaissent progressivement du fait de leur impossibilité à s’auto-reproduire et trouver des repreneurs. Dépourvus de référentiels communs, les mondes agricoles sont aujourd’hui dans une situation particulièrement complexe où il devient de moins en moins aisé de proposer une politique publique qui serait susceptible de profiter à tous de manière équivalente.

Aujourd’hui, l’agriculture française survit grâce aux perfusions de l’Etat. Bien que la France soit le premier producteur agro-alimentaire de l’Europe, à hauteur de 18%, les agriculteurs s’inquiètent du fait qu’elle ait perdu sa voix et son ascendant à Bruxelles. François Hollande a annoncé lors de sa visite au Salon de l’Agriculture le 27 février dernier que la crise agricole avait changé d’échelle, ne touchant plus seulement la France mais l’Europe entière qui devrait désormais percevoir l’agonie des agriculteurs français.

Dans un rapport publié en décembre 2014, l’Observatoire national du suicide du ministère de la Santé établissait que les agriculteurs sont trois fois plus susceptibles de se suicider que les cadres en France. Jean-Pierre Fleury, président des bovins charolais, explique notamment la détresse des éleveurs français par des une baisse exorbitante des prix. Il manquerait en moyenne 250 euros par bête commercialisée pour que les éleveurs de bovins rentrent dans leur frais, et 40 à 50 centimes par litre de lait pour les éleveurs de vaches laitières.

Pour rétablir un certain contrôle sur les prix, les agriculteurs veulent démanteler la LME, loi de modernisation de l’économie adoptée en 2008 par Nicolas Sarkozy qui avait instauré la liberté de négociation des prix entre les centrales d’achat des grandes surfaces et leurs fournisseurs avec pour objectif d’augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs grâce aux baisses de tarifs induites. En marge de cette loi, les agriculteurs dénoncent une « course aux prix toujours plus bas », d’autant plus que leurs coûts ont largement augmenté en raison de l’élévation des prix des céréales qui nourrissent leur bétail. Samedi, François Hollande a affirmé que la LME devait « être revue ».

 

A quand la fin de la crise ?

Pour François Purseigle, professeur de sociologie agricole et ingénieur agricole, la solution à la crise de l’agriculture française pourrait venir d’une approche pluridimensionnelle. Certaines exploitations ne pourront pas, quoi qu’il arrive, être sauvées sans les aides publiques, seulement grâce au développement de filières alternatives ou par une hypothétique reconversion. « Il va falloir trouver des solutions intermédiaires pour accompagner certains vers des systèmes agroalimentaires alternatifs et conforter d’autres agriculteurs dans des systèmes beaucoup plus conventionnels ». Une chose est sûre, il n’y a pas de recette magique aux crises qui sévissent dans les différentes filières agricoles.

Les agriculteurs sont en tout cas indispensables au bon fonctionnement de la société. Il faut avoir conscience que l’implantation d’un secteur agricole dans un pays ne va pas de soi mais équivaut à un coût et à des politiques visant justement à permettre le développement d’un tel secteur. Au niveau des territoires, ce sont les agriculteurs qui aménagent l’espace et entretiennent le paysage en garantissant d’en faire un espace animé plutôt qu’un amas de lands dépourvus de toute forme de vie. En plus de créer des emplois, les agriculteurs rendent de nombreux services immatériels à la collectivité qui ont un coût social justifiant les prix élevés qui peuvent être pratiqués.

​La France veut rattraper le terrain perdu au Maroc !

La France est toujours l’un des principaux partenaires commerciaux du Maroc et la coopération économique entre les deux pays est sans cesse renouvelée par nombre d’accords. Mais l’exceptionnalité des relations économiques du couple France-Maroc est-elle encore une réalité ?
Le Maroc est l’un de ces rares pays qui peuvent encore jouir des fruits de leur attractivité quand la crise économique s’éternise et que les temps s’assombrissent pour l’Afrique. En 2015, le royaume a attiré 3,6 milliards d’euros d’Investissements directs à l’étranger, principalement dans le domaine industriel avec l’automobile et l’aéronautique (PSA, Stelia, Figeac Aero et Delfingen). Avec une progression de près de 7% par rapport à 2014, le Maroc est venu se placer en 75e place du classement Doing Business 2016 de la Banque Mondiale et enregistre son plus bas déficit commercial depuis 10 ans.

 

La coopération franco-marocaine sans cesse renouvelée

Traditionnellement, la France, l’Arabie Saoudite et l’Espagne sont les principaux pourvoyeurs d’IDE au Maroc. Dans les faits, la France représentait encore 21% des flux d’IDE perçus par le Maroc en 2014, loin devant l’Arabie Saoudite et ses 12,8% et l’Espagne avec 4,3%.

Où en est le fameux couple France-Maroc dans tout ça ? Pour le journal marocain Lakome, c’est « grâce à une indépendance “négociée” et à la qualité des réseaux tissés depuis avec le Palais et la bourgeoisie marocaine, [que] la France est restée jusqu’à aujourd’hui un acteur majeur de l’économie du royaume ». Lakome notait qu’en 2012, la plupart des entreprises du CAC40 étaient présentes sur le territoire marocain et profitaient de larges marges de bénéfices, lesquelles étaient d’ailleurs plus souvent rapatriés en France que réinvestis dans le royaume. « Le chiffre d’affaires des 20 premières sociétés marocaines à capitaux français représent[ait] plus de 10% du PIB du royaume ! ».

En mai 2015, la 12e réunion de haut niveau France-Maroc permettait la signature d’une quinzaine d’accords favorisant principalement les affaires entre les deux pays. Le Maroc a d’emblée mis en avant ses priorités économiques et les discussions se sont donc concentrées sur la co-localisation, la ré-industrialisation des deux pays et la conquête des marchés africains. 25 millions d’euros ont été alloués aux PME marocaines pour leur permettre de financer des achats de biens et services français, la France a signé une convention-prêt de 10 millions pour la création au Maroc d’Instituts de formation professionnelle aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (IFMEREE), sans compter tous les prêts accordés par l’Agence française de développement aux entreprises implantées dans les deux pays.

 

Un climat difficile pour la France ?

Mais si les relations économiques du couple France-Maroc semblent toujours au beau fixe, il faut bien noter qu’elles ont subi de grands bouleversements depuis les années 1990. D’une part, l’économie marocaine s’est ouverte progressivement il y a maintenant une vingtaine d’années et a découvert la concurrence internationale. Craignant l’arrivée sur le marché marocain de banques concurrentes dites islamiques et les retombées de la crise économique, la France s’est rapidement retrouvée acculée par la faiblesse à l’export de ses PME et, en 2012, l’Espagne lui a soufflé la place de premier fournisseur du royaume.

D’autre part, de grands groupes français qui avaient bénéficié d’opportunités ont dû céder un peu de leurs avantages. Par exemple, Auchan a été contraint par la justice marocaine d’augmenter le nombre d’administrateurs marocains dans ses filiales, remettant en cause l’accord que le groupe français avait signé avec l’ONA1. Entre 2005 et 2007, Axa, Veolia et Danone ont également pâti d’un revirement de stratégie du Palais dans le domaine économique. En 2010, le pouvoir a fait fusionner l’ONA et la SNI, après quoi Lafarge, Axa et Danone ont dû engager de nouveaux fonds pour être intégrés dans le nouvel ensemble. En 2013, c’était Veolia qui se désengageait du Maroc au moment où Vivendi cédait 53% des parts de Maroc Telecom à l’émirati Etisalat.

Au regard de ces changements, les relations franco-marocaines ont été contraintes d’évoluer. La France joue désormais la carte du win-win : il s’agit pour elle de promouvoir les investissements dans des secteurs où les entreprises françaises sont réellement compétitives. Les rencontres de haut niveau entre les deux pays de ces dernières années ont ainsi mis l’accent sur des secteurs comme le transport, l’énergie, l’automobile, l’aéronautique ou encore l’agro-alimentaire après avoir bien pris soin de décortiquer toutes les opportunités de coopération.

Les 10 et 11 mars, la Délégation MEDEF International au Maroc aura pour objectif de se pencher sur la tendance de long cours à la fragilisation des parts de marché françaises au Maroc. Le constat que le royaume commence à diversifier ses partenaires commerciaux commence à inquiéter les entreprises françaises alors même que leurs achats depuis le Maroc ont nettement progressé. Ce sera l’occasion pour les communautés d’affaire françaises et marocaines d’échanger sur l’attractivité des différents secteurs dans les deux pays, de l’état de la formation mais aussi des opportunités du secteur numérique.

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