Dès le début des années 2000, les pays du Maghreb ont saisi la dynamique globale encourageant une plus large participation des femmes dans les sphères de prise de décisions publiques et politiques. Cette tendance fait état, en ce qui concerne le Maroc notamment, d’une réelle volonté de s’appuyer sur tous les leviers d’un Etat démocratique.
En 2007, le gouvernement marocain était pour la première fois composée de sept femmes ministres, dont cinq à plein titre. L’année suivante, le gouvernement réaffirmait sa volonté d’intégrer les dimensions de genre et s’était ensuite illustré par son engagement à lutter contre la discrimination et la violence à l’égard des femmes. Dans les faits, on a vu se mettre en place dans le royaume des réformes juridiques et institutionnelles concrétisant une politique de protection et de promotion des droits de la femme dans les domaines socio-économiques et politiques.
Les plus grands groupes mondiaux compteraient aujourd’hui en moyenne 35% de femmes au sein de leurs effectifs. Mais les chiffres sont encore plus alarmants dès lors qu’on grimpe dans la hiérarchie : il n’y aurait plus que 15% de femmes dans les comités exécutifs de ces sociétés. Les études mettent en avant un empiètement de la vie personnelle : la maternité par exemple pousserait les femmes de diplômes et compétences équivalents à leurs pairs masculins à s’éloigner des postes à responsabilité pendant plusieurs années, laissant l’ascendant aux hommes de l’entreprise.
Le pari de l’APD
Le 17 mars dernier avait lieu la quatrième rencontre de l’Association pour le progrès des dirigeants (APD) pour la célébration du leadership féminin. Challenge.ma citait à ce titre des personnalités telles que « Asma Azizi, Meryem Cherkaoui, Amane Fethallah, Lisa Ivers, Samira Khamlichi ou encore Nabila Mounib », des femmes qui inspirent par leur potentiel et leurs réalisations dans les domaines qui les passionnent. Le thème de la table ronde de cette année était : « Women in leadership, des histoires du Maroc et d’ailleurs ».
Bien que les dirigeantes présentes étaient issues de domaines divers et variés, la plupart étaient surtout réputés pour représenter des métiers d’hommes. Asma Azizi par exemple s’est d’abord illustrée dans des domaines que l’on prête plus facilement aux hommes tels que le spatial, l’aéronautique, la construction des ports, la défense ou encore la sécurité avant de lancer sa propre entreprise de conseil. Elle a insisté sur son inébranlable confiance en soi et sa capacité à persévérer sans tenir compte des remarques non constructives.
Les intervenantes ont parfois mis en avant les difficultés qu’il peut y avoir à être au sommet de la hiérarchie quand des hommes sont en-dessous. Il a fallu que ces fortes personnalités apprennent à doser entre la rigueur et la fermeté qui doivent prévaloir à leur poste et la sensibilité que l’on associe naturellement aux femmes. Mais les oratrices ont fait de ces obstacles des opportunités et Asma Azizi par exemple a toujours considéré comme une chance le fait d’être la seule femme de son équipe, mettant en avant les qualités féminines « que les hommes n’ont pas » telles que la diplomatie ou la propension à chercher l’harmonie.
Samira Khamlichi, directrice générale de Wafacash, s’est réjouit que l’égalité des genres progresse dans la société marocaine et a insisté sur la nécessité de repenser l’éducation, notamment parentale, à ce sujet. Les intervenantes de cette table ronde ont pour beaucoup d’entre elles mis en avant leur chance d’avoir grandi dans des familles ouvertes qui les ont poussées à réussir aussi bien que leurs frères.
Des études ont démontré que la présence de femmes dans les organisations accroit significativement leur efficacité. D’après Lisa Ivers, les sociétés qui ont intégré des conseils d’administration diversifiés voient leurs résultats nets et leur valorisation boursière croitre considérablement en comparaison des entreprises dont les CA sont composés uniquement d’hommes. D’ailleurs, l’APD a totalement intégré cet état de fait puisque l’association est elle-même composée à 60% de femmes et qu’elle en compte six dans son CA.
Par ces actions, l’APD veut promouvoir une « nouvelle génération de dirigeants marocains, hommes et femmes, de classe mondiale ». Il s’agit donc de renforcer la présence déjà existante des femmes dans les postes clés des entreprises et des institutions marocaines. L’idée clairement défendue par l’institution est que le progrès des organisations marocaines doit venir du développement des dirigeants. Dans le cadre du choix stratégique opéré par le royaume, celui de la régionalisation avancée, cet argument prend sens et vise à faire émerger des leaders puissants à un niveau local capables de lancer de grands projets et d’agréger un maximum d’investisseurs.
Encore du chemin à faire
Quand bien même le royaume multiplie les initiatives en faveur de la promotion du leadership et des compétences des femmes, des progrès concrets restent à faire. Le rapport de 2014 du Forum économique mondial sur l’écart de genre place le Maroc 133e sur 142 pays… Si l’intégration des filles au système d’éducation et la santé des femmes marocaines sont plutôt bien notées, l’engagement des femmes en politique est particulièrement faible avec un score de 0.110 quand le seuil d’égalité est à 1.
En ce qui concerne les dimensions socio-économiques, les hommes sont payés 70% de plus que les femmes à travail égal mais ces chiffres correspondent à peu près à la moyenne mondiale. En revanche, les postes à responsabilité sont toujours bien majoritairement aux mains des hommes puisque les femmes parlementaires, hauts fonctionnaires ou dirigeantes ne représenteraient même pas 10% des effectifs de ces professions.
Une étude publiée en 2013 par le Haut commissariat au plan marocain intitulée « Femmes marocaines et marché du travail : caractéristiques et évolution » faisait état d’un taux de féminisation de l’emploi de seulement 26.1% en 2012, ce qui est « largement en deçà [du taux d’emploi féminin] enregistré au niveau des pays développés ».
Toujours est-il que de plus en plus de voix de marocaines s’élèvent pour défendre la féminisation de la gouvernance en portant haut et fort leurs carrières, leurs projets et leurs réalisations, dans les secteurs public comme privé. L’avenir nous dira si ces personnalités porteront les évolutions de la société marocaine de demain.