Un bilan de la French Tech

La French Tech a été lancée fin 2013 par la ministre déléguée en charge du numérique de l’époque, Fleur Pellerin, pour dynamiser la marque France et l’affilier à la modernité et au potentiel du numérique. Trois ans plus tard, on peut se demander si la French Tech est parvenue à son objectif initial : structurer un écosystème de start-up autour de villes labellisées.

La French Tech avaient initialement vocation à cristalliser des écosystèmes, en mettant des universités, des entreprises, des start-up et des PME ensemble. S’adressant à des entreprises de toutes tailles, le label visait à faire émerger des clusters de taille conséquente dans les grandes villes de province. Il devait ainsi être le relai marketing des entreprises françaises à l’international. A ce titre, la French Tech a été dotée d’un fonds d’investissement de 200 millions afin de « favoriser le développement des accélérateurs de startups privés ».

 

Un changement de paradigme pour les entreprises françaises

Pour beaucoup, la French Tech aura au moins eu comme mérite de permettre à la marque France de gagner en « soft power » et en visibilité ; et ce non plus pour le vin mais pour la technologie, ce qui est déjà une petite révolution en soi. Le label a effectivement été relayé jusque dans le Washington Post. La marque a fait son effet : le public étranger a remarqué les Français, ce qui a permis d’accélérer les ventes de produits connectés voire carrément les acquisitions de sociétés.

La French Tech a eu pour les villes labellisées des retombées en termes de levées de fonds. Montpellier a notamment vu l’investissement dans ses startups doublé entre 2014 et 2015 pour atteindre un montant total de 1,81 milliard d’€. Mais finalement les entreprises ont été relativement peu nombreuses à en bénéficier.

Les villes françaises ont aussi pu faire parler d’elles en-dehors de la tutelle suprême de Paris. A Lyon, la French Tech s’incarne depuis début 2015 dans une structure associative dirigée par Patrick Bertrand. Son bilan a été défendu en avril dernier et fait état de « 150 startups accélérées, cinq entreprises labélisées et une capacité à rayonner à l’étranger ».

D’après Antoine Dematté, fondateur des start-ups TouchMods et Dropy, au-delà de la marque France, ce sont aussi les startups elles-mêmes qui ont bénéficié de la French Tech. Elles sont parvenues à utiliser ce label pour devenir le nouveau moteur de croissance économique à mettre en avant. Elles ont ainsi contribué à changer la vision de l’entreprise des Français qui ont traditionnellement du mal à envisager de petites entreprises à taille humaine portées par un entrepreneur motivé plutôt qu’un patron intéressé.

 

Des moyens pas encore à la hauteur des ambitions ?

Pour autant, les petites entreprises françaises n’ont toujours pas trouvé de « business angels ». Il est encore relativement difficile de trouver des fonds pour les nouveaux arrivants sur le marché mettant en avant leurs atouts technologiques. En Europe, la France ne représenterait que 13% du montant total des fonds de capital-risque levés, contre 33% pour le Royaume-Uni.

Et si la French Tech ne peut pas satisfaire tout le monde, tout le monde veut quand même intégrer la French Tech. Et cela au risque que l’initiative perde en cohérence. Certains spécialistes craignent que l’engouement généralisé pour le label ne soit dommageable à « l’effet cluster » recherché. Pour beaucoup, la labellisation a été distribuée un peu trop facilement aux métropoles qui aujourd’hui peinent à structurer leurs écosystèmes.

Un certain rejet émane des petites entreprises qui se sentent exclues de la French Tech. Elles dénoncent le fonctionnement du label centré sur des têtes de réseaux, figures faisant le lien entre les entreprises et les métropoles labellisées. Par ailleurs, une cotisation de 25 000 € est nécessaire pour pouvoir siéger au conseil d’administration des structures French Tech. On a du coup un problème de cohabitation entre les petits nouveaux que la French Tech a vocation à promouvoir et les grosses entreprises qui monopolisent les instances décisionnelles.

 

Un bilan temporaire controversé

Pour Karine Dognin-Sauze, vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge du numérique, la French Tech s’enlise dans son objectif premier, c’est-à-dire être une démarche marketing, au risque de ne pas permettre au label d’évoluer vers autre chose.

L’emblème de la technologie française Withings, qui s’était fait le chantre de la carte du made in France, vient de passer sous le contrôle du groupe finlandais Nokia pour 170 millions d’€. Le groupe téléphonique en reconversion veut être en tête d’affiche de la prochaine vague d’innovations en matière de santé numérique. Pour François Nemo, spécialiste en conseil et stratégie de rupture, cette acquisition est symptomatique du fait que les entreprises mono-produits comme Withings n’ont aucune chance de se développer sinon à intégrer un écosystème.

Face à Facebook, écosystème d’une ampleur sans précédents qui connecte l’ensemble de la planète en rassemblant une palette de services d’une variété invraisemblable, les petits français qui lancent leur service unique n’ont d’autre option que de se faire avaler tout cru. Ce serait un problème de culture entrepreneuriale : les Français auraient du mal à appréhender la nature profondément subversive de la révolution numérique et la nécessité de changer leur « échelle de réflexion ». Nemo dénote d’ailleurs un manque d’intérêt des gros entrepreneurs français pour les stratégies de rupture et dénonce leur vision à court terme. Pour lui, « L’aventure de ce que l’on appelle les pépites à la française n’a malheureusement qu’une seule issue : un gros chèque ! ».

Faut-il comprendre que la French Tech n’a pas saisi l’opportunité de passer à l’étape suivante de sa vocation ? En restant cloisonnée dans une démarche marketing (pour l’instant), le label n’est-il pas en train de s’aliéner les entrepreneurs mêmes qui devaient valoriser la marque France ?

​La chute des cours du pétrole met les pays de la CEMAC en difficultés

Cette semaine, le Fonds Monétaire International a clôturé des entretiens commencés en avril dernier avec les autorités de la CEMAC, organisation régionale d’Afrique centrale qui rassemble le Cameroun, la République centrafricaine, le Gabon, la République du Congo, le Tchad et la Guinée équatoriale. Au terme de cette mission, Mario de Zamaróczy, le dirigeant de la division Afrique du FMI, a retenu que « la CEMAC a été durement frappée par le double choc de la chute des cours du pétrole et des problèmes sécuritaires. »

 

Une région sous tensions

Effectivement les six pays (dont cinq sont exportateurs nets de pétrole) ont été lourdement impactés par la forte baisse des cours internationaux du pétrole. Le pétrole représente plus de 81 % des exportations et 54 % des recettes budgétaires de la CEMAC. Dans un rapport rendu en juillet 2015, le FMI mettait déjà en garde la CEMAC quant aux conséquences des chocs pétroliers de 2014 dans des pays où « le secteur financier est peu développé et l’intermédiation et l’inclusion financières sont limitées ». La région est en effet particulièrement vulnérable aux aléas des cours des matières premières et à la possible résurgence de crises régionales de sécurité.

La croissance économique régionale est tombée à seulement 1,7% pour 2015, contre 4,7% pour 2014. L’impact des chocs pétroliers s’est ressenti sur l’ensemble du continent mais tout particulièrement sur les pays exportateurs de pétrole dont la croissance moyenne est passée de 5,4% à 2,9% entre 2014 et 2015. C’est particulièrement frappant en ce qui concerne la République du Congo et la Guinée équatoriale. Cette crise touche bien plus lourdement l’Afrique que celle de 2008 en ce qu’elle impacte directement une source essentielle de croissance en Afrique : les matières premières. Et la persistance de faibles cours pétroliers envisagée par les institutions mondiales pour les prochaines années devrait maintenir la croissance régionale en-dessous de 2% (au moins) pour 2016.

Les discussions organisées sous la houlette du FMI se sont concentrées ces dernières semaines sur la définition d’une « politique monétaire commune appropriée » et la nécessité d’une meilleure coordination régionale. D’après l’institution, « des liens régionaux plus étroits aideraient la CEMAC à surmonter les chocs négatifs », d’où le besoin de renforcer l’intégration régionale, de développer les échanges intra-régionaux et de mieux intégrer les marchés financiers. La délégation du FMI a donc invité la CEMAC à ralentir le rythme d’accumulation de la dette en privilégiant les emprunts concessionnels et les sources intérieures de financement. Le Conseil d’administration du FMI devrait examiner le rapport sur les consultations régionales de 2016 en juillet prochain.

L’exportation de pétrole ne permettant plus d’assurer le maintien de la croissance régionale, la plupart des pays africains exportateurs sont maintenant obligés de réduire fortement leurs programmes d’investissement. Pourtant le FMI estime que la région se doit de lancer un « ambitieux programme de réformes pour défendre la stabilité macroéconomique et mieux soutenir une croissance durable et inclusive ».

 

S’ouvrir aux alternatives

Le FMI souligne la nécessité d’un rééquilibrage des finances publiques de la CEMAC « afin d’affronter une éventuelle chute durable des recettes pétrolières en privilégiant une hausse des recettes non pétrolières ». L’institution craint notamment que de nouveaux chocs extérieurs entrainent une baisse trop conséquente des réserves de devises de la zone.

Une intégration régionale plus poussée et des institutions plus fortes devraient permettre d’améliorer la compétitivité du secteur non pétrolier afin de soutenir la croissance d’Afrique centrale. Pour cela, les autorités nationales et régionales se doivent de permettre la mise en place d’une croissance inclusive dans la région.

En avril dernier, la Banque mondiale a rendu l’édition 2016 de son rapport Africa’s Pulse intitulée « la faiblesse de l’économie mondiale continue d’être un frein pour la croissance économique africaine ». Le rapport souligne également que les difficultés actuelles des pays africains exportateurs de matières premières ont mis en lumière l’urgence d’une diversification économique sur le continent.

La Banque mondiale met en avant dans son rapport les opportunités offertes par l’urbanisation et le développement spatial des villes africaines. Les recherches de l’institut soulignent pour l’instant que les villes africaines sont actuellement surpeuplées, déconnectées et très coûteuses – aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. Mais ce sont ces mêmes villes qui ont le potentiel pour favoriser le développement d’une croissance inclusive et plus soutenable.

Le rapport estime que « l’Afrique a désormais une certaine fenêtre d’opportunité pour exploiter le potentiel des villes comme moteurs de la croissance économique. » Mais pour cela, les gouvernements vont devoir réformer les marchés fonciers et la régulation urbaine afin de favoriser l’investissement. Ils devront également coordonner les premiers investissements en termes d’infrastructure. Egalement, ils devront prendre en charge les classes moyennes et défavorisées.

Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique, considère que la fin du « super-cycle des matières premières est une opportunité de relancer des réformes » en Afrique et pourrait notamment permettre « la mise en œuvre de bonnes politiques pour stimuler la productivité agricole ». Il souligne notamment la nécessité pour les pays africains de transformer sur place leurs produits agricoles. L’enjeu d’une véritable révolution agricole en Afrique subsaharienne est énorme, mais n’adviendra pas tant que le problème du déficit énergétique reste irrésolu.

 

Des perspectives limitées

Comme le souligne le rapport du FMI, « les perspectives à moyen terme de la région sont incertaines. » Les projections de l’institut mettent en avant le fait que les cours du pétrole resteront nettement en deçà de leurs niveaux antérieurs au choc de 2014. Aussi, l’épuisement des réserves pétrolières devrait entrainer une baisse de la production à partir de 2017. Il est désormais primordial pour la CEMAC d’accroitre ses recettes non pétrolières pour garantir la viabilité macroéconomique de la zone.

Pour autant, les solutions économiques et institutionnelles ne suffiront pas à assurer la stabilité économique de la région. Les attentats terroristes perpétrés par Boko Haram dans la région du lac Tchad perturbent largement l’activité des pays de la CEMAC en ce qu’elle nécessite le lancement d’opérations militaires de grande ampleur. Par ailleurs, les troubles civils en République Centrafricaine (RCA) se poursuivent, mettant en danger la sécurité des pays de la zone.

Ces troubles sécuritaires sont susceptibles de mettre un frein aux efforts d’investissement nationaux et à l’expansion des infrastructures régionales, qui sont nécessaires pour mettre en place une croissance inclusive sur la zone. Sans compter qu’ils fragilisent d’ors-et-déjà un climat des affaires tendu et un investissement privé particulièrement faible.

Uber fait des petits au Maroc

Uber Maroc a été lancé à Casablanca en juillet 2015. Le crédo de l’entreprise américaine sur le marché marocain ? offrir un service à destination des jeunes actifs urbains qui disposent de smartphones et utilisent les moyens de paiement en ligne. Mais la réalité du marché marocain pousse Uber à faire évoluer sa gamme de service locale.
 

Un service haut de gamme pour les jeunes actifs urbains

L’entreprise américaine a donc mis en place le service Uber X (milieu de gamme de la marque) dès l’été dernier. Uber se présente comme une société de service « [travaillant] en partenariat avec les sociétés de transport touristique ». La DG d’Uber Maroc a pour volonté de ne pas se positionner comme concurrent des taxis mais d’offrir un service « premium » sans pour autant entrer dans le domaine du luxe. Selon Meryem Belqziz, directrice générale d’Uber Maroc, la société de services est « sur un marché de niche composé de gens qui n’utilisent pas le taxi habituellement » ; les hommes d’affaires notamment qui demandent un service rapide et de qualité pour éviter les désagréments d’une voiture personnelle.

La filiale marocaine d’Uber veut promouvoir un service de qualité en mettant en avant chauffeurs triés sur le volet, voitures récentes et en bon état, possibilité de choisir sa musique à bord de la voiture… Du coup, les tarifs d’Uber font exploser ceux du secteur ! Les courses peuvent être facturées 4 fois plus avec un véhicule affilié à Uber Maroc qu’avec les taxis locaux. L’entreprise justifie ses prix par « des charges plus élevées pour les sociétés de transport touristique partenaires », notamment l’entretien d’un parc de voitures haut de gamme.

Uber fait en tout cas valoir que son implantation est une aubaine pour les Marocains issus de secteurs industriels sinistrés qui désirent se reconvertir dans le transport touristique : en travaillant pour Uber Maroc, les chauffeurs peuvent espérer obtenir un bonus de 2000 DH en plus de leur paye, qui représente initialement 3500 DH en moyenne.

 

Adapter les tarifs à la réalité du marché

Uber Maroc a organisé une baisse des tarifs de 30% sur toutes les courses de la gamme à Casablanca en novembre dernier pour une durée de 6 semaines. Le succès de cette promotion éphémère a suscité la révision à la baisse de la tarification des services Uber X en décembre : l’entreprise a ainsi réduit ses tarifs de 40% par rapport aux prix précédemment pratiqués. Il s’agit « d’offrir un produit à prix raisonnable [aux] passagers, toujours plus nombreux ». Uber Maroc devient ainsi plus accessible pour nombre de citadins marocains, ce qui permet d’augmenter leur fréquentation des véhicules Uber.

Depuis le 29 avril dernier, Uber teste la possibilité de payer en cash à Casablanca, ce qui permet notamment aux utilisateurs du service d’éviter de rentrer leurs coordonnées bancaires. La marque s’adapte ici au marché singulier des consommateurs de taxis marocains, réagissant « au faible taux de pénétration des cartes bleues ainsi qu’aux nombreux emails reçus de la part des utilisateurs casablancais réclamant le paiement en cash ». Casablanca entre donc dans la liste des rares villes capables d’offrir ce service depuis Uber. La possibilité de payer cash est également un moyen de faire face à la concurrence locale ; Careem, l’Uber émirati, propose déjà le paiement en liquide depuis plusieurs mois aux Marocains.

 

Un déploiement stratégique à plusieurs vitesses

La marque s’est d’abord déployée dans le cœur économique du pays en privilégiant les trajets intra-urbains. Dès son implantation à Casablanca, l’entreprise américaine avait dans son viseur des villes comme Rabat, Marrakech et Tanger qui nécessitaient toutefois une approche au cas par cas avant de penser à une implantation effective.

Depuis octobre 2015, Uber a lancé les trajets inter-villes à partir de Casablanca pour se rendre dans 7 villes : Rabat, Bouznika, Skhirat, Mohammedia, El Jadida, Rabat-Salé et Marrakech. Si les prix proposés pour les trajets sont là encore supérieurs à ceux pratiqués par les taxis locaux, Uber n’augmente pas les frais en fonction du nombre de passagers, lesquels peuvent donc partager le prix de la course.

En septembre dernier, la société de chauffeurs privés posait ses jalons à Rabat après avoir apparemment dépasser ses projections à Casablanca pour un lancement test. Uber Maroc a ensuite été lancé à Marrakech en phase « pop-up » (action marketing pour tester le marché) entre Noël et le jour de l’an, profitant ainsi de l’afflux de Marocains et de touristes venus passer leurs vacances de noël dans la ville ocre. Courant 2016, Uber Maroc devrait avoir finalisé son implantation à Rabat et à Marrakech, avant de s’attaquer à Tanger.

L’internet des objets, nouvelle bulle internet ou réalité économique ?

Le showroom des l’internet des objets qui a eu lieu en avril dernier à la Cité internationale de Lyon a été l’occasion d’appréhender les véritables enjeux de l’IoT. Olivier Ezratty, bloggeur et auteur du Guide des startups, et Rafi Haladjian, fondateur de Sen.se, sont revenus sur les réelles potentialités de ce domaine en devenir.
 

Qu’en est-il vraiment de l’internet des objets ?

Si le sujet génère de plus en plus de réflexions et d’interventions de professionnels du secteur, il est quand même nécessaire de se demander si l’IoT suscite un réel « engouement ». Pour Rafi Haladjian, ce n’est pas vraiment le cas. Certes, il y a une véritable effervescence autour de l’IoT, mais celle-ci est sans commune mesure avec la perception du commun des mortels. Pour la plupart des gens, les « objets connectés » n’évoquent encore que très peu de choses, mis à part les drones ou les imprimantes 3D. Les professionnels de l’IoT visent aujourd’hui le mass market, mais le grand public reste encore largement insensible aux nouveautés du domaine.

Internet avait initialement généré le même problème : tout le monde en parlait dès ses débuts, mais il a fallu attendre cinq ou six ans avant que les gens s’en servent réellement. A partir de ce moment-là, Internet était devenu évident, il n’y avait plus besoin d’en parler. En ce qui concerne les objets connectés, tout reste à faire. Ils sont encore de simples cadeaux de noël et cherchent à fonder à termes un nouveau modèle fiscal.

Certains services connectés fonctionnent mieux, tels que la santé, la sécurité ou la maison intelligente. Pour le fondateur de Sen.se, ces domaines relèvent de « problématiques de père de famille », de la gestion des angoisses du quotidien, et ce sont donc ceux pour lesquels les gens se montrent prêts à payer 150€.

La question du prix est cruciale dans l’IoT, elle doit être sans cesse corréler à l’usage. On peut ainsi penser à Apple, qui a véritablement créé le forfait mobile en lançant son iPhone. Celui-ci a ainsi permis de développer l’usage de l’internet mobile en-dehors du seul monde de l’entreprise par la mise en place d’un forfait élevé mais indolore.

 

Etre en adéquation avec les comportements

Rafi Haladjian, qui travaille sur l’IoT depuis ses débuts, a cherché à passer à la prochaine génération des objets connectés en se demandant comment les comportements deviennent pérennes et matures.

La première étape lorsqu’on s’empare d’un objet connecté est celle de la révélation. On est fasciné par la quantification de choses non mesurables, comme avec un compteur de pas par exemple. Ensuite, on ajuste notre comportement jusqu’à un certain plateau. On atteint bientôt notre effort maximum, où la maintenance de l’objet connecté n’est plus rentable par rapport à ce qu’il nous apprend. Vient alors le décrochage, une sorte de « traversée du désert de la data ». Le meilleur moyen pour reconnaitre quelqu’un dont l’anniversaire vient de passer ? il a une smart watch au poignet : personne ne la garde plus de trois mois accroché au bras. On a ensuite un relatif retour à l’objet connecté, au bout de 8 à 10 mois, puisque la big data sur la longue période offre de nouvelles informations telles que des analyses saisonnières.

Le maillon faible des objets connectés est sans contexte la motivation fluctuante de leur propriétaire. Rendre la récolte de la data la plus fiable possible passe par le design de l’objet connecté et donc par l’expérience utilisateur. Le défi technique le plus complexe à relever pour l’IoT à l’heure actuelle est de motiver l’utilisateur au point de lui faire changer son comportement. Il s’agit par exemple de penser à charger un device tous les jours – ce que beaucoup font déjà avec leur smartphone mais pourraient-ils en faire autant avec un capteur ?

Dans cette optique, Rafi Haladjian a lancé Mother, un capteur d’une durée de vie d’un an complet, sans bouton, fonctionnant uniquement grâce à des algorithmes pour comprendre tout seul ce que les gens font. Le design est adapté pour qu’on l’emmène partout, ce qui induit notamment qu’il soit suffisamment plat pour qu’on puisse dormir dessus sans le sentir. Mother a pour objectif de se fondre totalement dans la vie des gens.

 

L’IoT se lance sur le mass market

L’étape suivante de l’IoT, c’est le mass market. Mother est commercialisé à 29€ et peut mesurer la température, le sommeil, ou encore l’hydratation. L’objectif est de faire sortir les objets connectés du ghetto de l’internet des cadeaux de noël. Olivier Ezratty note qu’un bon principe d’investissement serait celui de la « loi de la brosse à dent de Google » : un produit n’est intéressant que si l’on va s’en servir quotidiennement. C’est le cas du Peanut lancé par l’entreprise de Rafi Haladjian : grâce à un algorithme qui détecte les mouvements et détermine les situations alternatives, le capteur Peanut permet de savoir si les gens prennent leurs médicaments aux horaires indiqués et le leur rappelle si ce n’est pas le cas.

Un des principaux blocages au démarrage de l’IoT est la question du prix. On n’en parle pas mais 60% du prix des objets connectés paie l’étagère sur laquelle ils sont installés. Rafi Haladjian conseille de repenser la distribution, les marges et le marketing. Le seul mérite de la technologie et des usages ne suffira pas, il faut rendre les objets connectés accessibles au plus grand nombre.

Les objets connectés de la smart home se développent lentement par rapport à ce qui se porte, le « wearable ». Il y a une espèce de futilité, un certain côté frime dans ces objets que l’on a sur nous. Le tracking existait à l’origine par des capteurs glissés dans les poches des joggeurs ; mais il n’a décollé qu’avec le bracelet de Nike, quand les coureurs ont pu l’exhiber à leur poignet. Cette tendance pourrait s’inverser si les objets connectés deviennent des appareils du quotidien.

Aujourd’hui, on produit encore un nombre très restreint de produits. Apple par exemple ne commercialise que quatre à cinq produits en même temps. Mais l’IoT entraine une explosion des canaux par lesquels transite la data. L’avenir de ces business modèles à nombre de produits limité est donc à questionner. Des entreprises comme le jeune chinois Xiaomi – qui produit des téléphones, des bracelets connectés, des drones et même des hoverboards – seraient plus adaptées au nouveau modèle fiscal en train d’émerger.

Pour investir le marché des objets connectés, il va falloir être prospectif : se montrer capable d’anticiper les postes de dépenses qui vont augmenter ou diminuer. On peut facilement prévoir une diminution dans la part de la nourriture dans les dépenses tandis que le budget familial pourrait se réorienter vers les divertissements connectés. Les Français dépensent en moyenne 800€ pour noël, mais il faut espérer que ce budget ne sera pas le seul qui investira l’IoT. Les objets connectés vont pouvoir capter d’autres postes de dépenses comme celui du mobilier ou de la santé.

Loin de rester cantonnés à des questions de consommation ostentatoires, les connected devices en provenance du BtoB vont quand à eux bientôt engendrer un raz-de-marée ! Là sont la valeur et l’enjeu de la big data.

PME, optimisez votre financement à l’export !

Présent lors du Showroom de l’Internet des Objets SIdO16 à la Cité internationale de Lyon, Jean-Noël Garcin, directeur du développement de Classe Export, a présenté les possibilités de financement à l’export pour les PME françaises. Petit tour d’horizon des aides publiques disponibles pour soutenir votre projet à l’export.

L’exportation est chère en temps comme en argent et nécessite une véritable préparation. Il s’agit dès lors de savoir comment optimiser son projet d’export tout en minorant les risques.

En France, ce sont à peu près trois quarts des aides disponibles à l’export qui ne sont pas dépensées. D’après Jean-Noël Garcin, sur les 20 000 entreprises françaises présentes à l’étranger, seules 15 à 20% d’entre elles utiliseraient vraiment tous les moyens disponibles pour mettre en œuvre l’exportation de leur activité.

S’exporter passe par la définition claire et précise d’un véritable projet. Il faut alors réfléchir en trois temps : une phase de préparation – pendant laquelle des aides au démarrage sont d’ors-et-déjà disponibles –, la structuration du service et finalement l’implantation commerciale et si nécessaire industrielle. C’est véritablement le plan d’action tel qu’il va être présenté qui va structurer les aides disponibles.

Un projet concret à l’export se formule sur deux à quatre ans pendant lesquels il faut réfléchir sur le pourquoi et le comment de la mise en œuvre ainsi que sur les ressources qu’il va falloir employer, particulièrement en termes deressources humaines. Difficile de s’exporter dans plusieurs pays quand on n’a pas en tête les personnes qui vont structurer l’activité sur place. C’est dans ce cadre que des outils comme Convergence peuvent vous permettre de prospecter les meilleurs agents pour votre export autour de la Méditerranée.

Deux réflexions majeures se posent avant même la constitution du projet. Tout d’abord, il faut être en phase avec letiming choisi. Ensuite, il faut prendre en compte les critères d’éligibilité des aides publiques auxquelles on souhaite prétendre pour s’exporter. Les aides publiques sont essentiellement allouées aux PME de droit européen. En ce qui concerne leur santé financière, il est tenu compte de 50% du niveau des fonds propres et de 10% du chiffre d’affaire ; en cas d’absence de fonds propres, aucune aide n’est versée.

Certaines restrictions existent aussi. Il est important d’avoir en tête que les aides publiques sont accordées a minima si l’on est capable de présenter un bilan ; impossible dès lors de les demander avant d’avoir au moins un an d’activité au compteur. Par ailleurs, les bénéficiaires des aides publiques doivent apporter de la valeur ajoutée en France, au moins à hauteur de 20% ; du coup aucune chance de se les voir décerner si on est dans de la négoce pure. Aussi, l’Etat est susceptible de supprimer certaines aides publiques après les avoir accordées si le chef d’entreprise se sert trop de dividendes.

Plusieurs outils de financement sont disponibles pour les PME françaises :

– Le principal est l’assurance prospection. Celle-ci est gérée par la COFACE qui fait office d’assurance-crédit par la gestion du risque-client et dispose d’une délégation de l’Etat pour gérer l’assurance prospection par une garantie publique en accompagnement et prise de risques. La COFACE couvre la majeure partie des dépenses de prospection à l’export et permet de s’informer, de former, de recruter et à terme de s’implanter. Pour obtenir l’assurance prospection, il faut présenter un budget de dépenses sur une période de garantie de deux à quatre ans ainsi qu’une prospection de chiffre d’affaire sur une période d’amortissement de maximum sept ans. Sont également nécessaires un état des dépenses, un état des recettes ainsi qu’une brève étude de marché avant que l’institut ne valides les informations par lui-même.

La COFACE donne ensuite un pourcentage du budget de dépenses. Si la société bénéficiaire fait plus de chiffre d’affaire que prévu, le partenaire bancaire avance la COFACE comme la loi le prévoit. Si le chiffre d’affaire réalisé n’est pas suffisant, l’assurance prospection devient une véritable subvention : elle assume le risque au cas où l’exportation échoue. La PME dispose de sept ans pour rembourser la COFACE, au-delà de cette période et si le bénéficiaire de l’assurance prospection n’a pas pu rembourser du fait de son échec à l’export, le contrat avec la COFACE prend fin. Ainsi l’assurance prospection fait office « d’avance remboursable » en ce qu’elle est à la fois une couverture-risques, un outil de financement à part entière ainsi qu’une feuille de route.

Bien jouer son coup est nécessaire : inutile de déposer une COFACE sur quinze pays puisque tout ne pourra pas fonctionner et qu’il sera impossible d’obtenir une nouvelle assurance prospection plus tard. Il vaut donc mieux rester modeste et fonctionner de manière constante en capitalisant son projet d’exportation sur un à trois pays pour les PME. La COFACE favorise le dialogue et le montant des aides peut être revu tout au long de la période de couverture – à la hausse comme à la baisse.

– Un second outil est le Crédit d’impôt export (CIE) ou Crédit d’impôt prospection commerciale (CIPC). Celui-ci est géré par le Trésor public et peut représenter jusqu’à 40 000€. Il ne peut être engagé qu’une fois dans la vie de la PME et est généré par l’embauche d’un +1 à l’export – à savoir un VIE, un nouveau collaborateur ou bien un collaborateur monté en interne.

– Le Prêt export est délivré par BPI France et peut représenter jusqu’à plusieurs millions d’€. Il offre un différé de remboursement du capital permettant ainsi le retour à la stratégie financière de la PME en fonction de ses volontés et de sa santé financière. Aussi, il ne requiert pas de caution du chef d’entreprise. L’inconvénient est toutefois qu’il est plus cher qu’un prêt bancaire classique.

– Des subventions régionales peuvent s’ajouter à ces aides. En Rhône-Alpes, iDéclic offre 30 000€ de subvention pure avec quelques contraintes : le blocage des dividendes pour deux ans, l’embauche d’un cadre à l’export et l’obligation de suivre des formations à l’export dispensées par les CCI.

– Finalement, il existe aussi des aides européennes mais celles-ci concernent surtout des structures regroupant des sociétés de plusieurs pays européens différents.

Il s’agit ensuite de budgéter pour répartir les postes de dépenses selon les outils de financement. Il faut adopter un raisonnement transversal en termes de moyens.

Le Maroc accorde le leadership au féminin

Dès le début des années 2000, les pays du Maghreb ont saisi la dynamique globale encourageant une plus large participation des femmes dans les sphères de prise de décisions publiques et politiques. Cette tendance fait état, en ce qui concerne le Maroc notamment, d’une réelle volonté de s’appuyer sur tous les leviers d’un Etat démocratique.

En 2007, le gouvernement marocain était pour la première fois composée de sept femmes ministres, dont cinq à plein titre. L’année suivante, le gouvernement réaffirmait sa volonté d’intégrer les dimensions de genre et s’était ensuite illustré par son engagement à lutter contre la discrimination et la violence à l’égard des femmes. Dans les faits, on a vu se mettre en place dans le royaume des réformes juridiques et institutionnelles concrétisant une politique de protection et de promotion des droits de la femme dans les domaines socio-économiques et politiques.

Les plus grands groupes mondiaux compteraient aujourd’hui en moyenne 35% de femmes au sein de leurs effectifs. Mais les chiffres sont encore plus alarmants dès lors qu’on grimpe dans la hiérarchie : il n’y aurait plus que 15% de femmes dans les comités exécutifs de ces sociétés. Les études mettent en avant un empiètement de la vie personnelle : la maternité par exemple pousserait les femmes de diplômes et compétences équivalents à leurs pairs masculins à s’éloigner des postes à responsabilité pendant plusieurs années, laissant l’ascendant aux hommes de l’entreprise.

 

Le pari de l’APD

Le 17 mars dernier avait lieu la quatrième rencontre de l’Association pour le progrès des dirigeants (APD) pour la célébration du leadership féminin. Challenge.ma citait à ce titre des personnalités telles que « Asma Azizi, Meryem Cherkaoui, Amane Fethallah, Lisa Ivers, Samira Khamlichi ou encore Nabila Mounib », des femmes qui inspirent par leur potentiel et leurs réalisations dans les domaines qui les passionnent. Le thème de la table ronde de cette année était : « Women in leadership, des histoires du Maroc et d’ailleurs ».

Bien que les dirigeantes présentes étaient issues de domaines divers et variés, la plupart étaient surtout réputés pour représenter des métiers d’hommes. Asma Azizi par exemple s’est d’abord illustrée dans des domaines que l’on prête plus facilement aux hommes tels que le spatial, l’aéronautique, la construction des ports, la défense ou encore la sécurité avant de lancer sa propre entreprise de conseil. Elle a insisté sur son inébranlable confiance en soi et sa capacité à persévérer sans tenir compte des remarques non constructives.

Les intervenantes ont parfois mis en avant les difficultés qu’il peut y avoir à être au sommet de la hiérarchie quand des hommes sont en-dessous. Il a fallu que ces fortes personnalités apprennent à doser entre la rigueur et la fermeté qui doivent prévaloir à leur poste et la sensibilité que l’on associe naturellement aux femmes. Mais les oratrices ont fait de ces obstacles des opportunités et Asma Azizi par exemple a toujours considéré comme une chance le fait d’être la seule femme de son équipe, mettant en avant les qualités féminines « que les hommes n’ont pas » telles que la diplomatie ou la propension à chercher l’harmonie.

Samira Khamlichi, directrice générale de Wafacash, s’est réjouit que l’égalité des genres progresse dans la société marocaine et a insisté sur la nécessité de repenser l’éducation, notamment parentale, à ce sujet. Les intervenantes de cette table ronde ont pour beaucoup d’entre elles mis en avant leur chance d’avoir grandi dans des familles ouvertes qui les ont poussées à réussir aussi bien que leurs frères.

Des études ont démontré que la présence de femmes dans les organisations accroit significativement leur efficacité. D’après Lisa Ivers, les sociétés qui ont intégré des conseils d’administration diversifiés voient leurs résultats nets et leur valorisation boursière croitre considérablement en comparaison des entreprises dont les CA sont composés uniquement d’hommes. D’ailleurs, l’APD a totalement intégré cet état de fait puisque l’association est elle-même composée à 60% de femmes et qu’elle en compte six dans son CA.

Par ces actions, l’APD veut promouvoir une « nouvelle génération de dirigeants marocains, hommes et femmes, de classe mondiale ». Il s’agit donc de renforcer la présence déjà existante des femmes dans les postes clés des entreprises et des institutions marocaines. L’idée clairement défendue par l’institution est que le progrès des organisations marocaines doit venir du développement des dirigeants. Dans le cadre du choix stratégique opéré par le royaume, celui de la régionalisation avancée, cet argument prend sens et vise à faire émerger des leaders puissants à un niveau local capables de lancer de grands projets et d’agréger un maximum d’investisseurs.

 

Encore du chemin à faire

Quand bien même le royaume multiplie les initiatives en faveur de la promotion du leadership et des compétences des femmes, des progrès concrets restent à faire. Le rapport de 2014 du Forum économique mondial sur l’écart de genre place le Maroc 133e sur 142 pays… Si l’intégration des filles au système d’éducation et la santé des femmes marocaines sont plutôt bien notées, l’engagement des femmes en politique est particulièrement faible avec un score de 0.110 quand le seuil d’égalité est à 1.

En ce qui concerne les dimensions socio-économiques, les hommes sont payés 70% de plus que les femmes à travail égal mais ces chiffres correspondent à peu près à la moyenne mondiale. En revanche, les postes à responsabilité sont toujours bien majoritairement aux mains des hommes puisque les femmes parlementaires, hauts fonctionnaires ou dirigeantes ne représenteraient même pas 10% des effectifs de ces professions.

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Une étude publiée en 2013 par le Haut commissariat au plan marocain intitulée « Femmes marocaines et marché du travail : caractéristiques et évolution » faisait état d’un taux de féminisation de l’emploi de seulement 26.1% en 2012, ce qui est « largement en deçà [du taux d’emploi féminin] enregistré au niveau des pays développés ».

Toujours est-il que de plus en plus de voix de marocaines s’élèvent pour défendre la féminisation de la gouvernance en portant haut et fort leurs carrières, leurs projets et leurs réalisations, dans les secteurs public comme privé. L’avenir nous dira si ces personnalités porteront les évolutions de la société marocaine de demain.

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